Que faisaient-ils le 27 mai 1943 ?

Que faisaient-ils le 27 mai 1943 ?

Ce 27 mai 2020, pour célébrer la Journée nationale de la Résistance, le MRN rappelle l’engagement, parmi beaucoup d’autres, de six résistants, trois hommes et trois femmes, en évoquant leurs actions ce 27 mai 1943, alors que se réunissait dans la clandestinité le Conseil national de la Résistance.

L’exposition permanente du nouveau MRN à Champigny-sur-Marne permettra de suivre via des parcours spécifiques ces six résistants ; et d’autres encore.

• Que faisait Oscar Rosowsky le 27 mai 1943 ?

Persécuté parce que juif, le jeune étudiant Oscar Rosowsky fuit la région niçoise à la fin de l’année 1942 pour Le Chambon sur Lignon (Haute-Loire). Il y emménage dans la ferme de la famille Héritier et c’est là, en lien avec la Résistance locale, qu’il installe une officine de fabrication de faux papiers.

Le 27 mai 1943, comme tous les jours ou presque jusqu’à la libération, Oscar Rosowsky façonne des faux papiers pour des personnes pourchassées ou persécutées. Il utilise un procédé artisanal mais efficace, qu’il a expérimenté pour lui-même et pour sa mère en 1942.
Pour contrefaire les cachets qui attestent de la véracité d’un document, Oscar Rosowsky duplique à l’identique de vrais tampons sur du papier-calque, grâce aux compas et tire-lignes d’un assortiment pour écoliers. Il les transfère ensuite sur une plaque de gélatine qui lui permet de reproduire le coup de tampon sur de faux papiers environ cinquante fois de suite. Les papiers imprimés et autres formulaires n’étant pas standardisés à l’époque, c’est la Résistance qui les lui fournit. Pour corroborer cette nouvelle identité et la rendre crédible lors des contrôles, Oscar et ses complices fournissaient également ce qu’ils appellent des « papiers de vraisemblance » – cartes d’étudiant, fiches de démobilisation, autorisations de circuler par exemple – et des « papiers de maintenance » – dont des tickets de rationnement.

Fausse carte d’identité réalisée pour lui-même, exemple de tampons officiels transférés sur calques et matériel scolaire utilisé par Oscar Rosowsky pour la réalisation de faux papiers
MRN/fonds Oscar Rosowsky, 2015.21

• Que faisait Jacqueline Retourné le 27 mai 1943 ?

En 1940, Jacqueline Retourné est étudiante en médecine à Montpellier. Elle commence très vite à résister en laissant notamment des graffiti sur les murs. Elle est bouleversée par l’antisémitisme dont sont victimes les Juifs.
Recrutée en décembre 1942 par le mouvement Combat, elle est affectée à son service social.

Le 27 mai 1943, à ce poste, elle aide des familles de résistants, tandis que l’étau de la répression se resserre autour d’elle. En juillet 1943, elle échappe de peu à l’arrestation et elle entre en clandestinité. Après un passage à Paris, elle devient responsable du service social du mouvement Combat à Marseille, puis à Lyon. En janvier 1944, elle est arrêtée par la Gestapo, mais elle réussit à s’enfuir et à se « mettre au vert ». Elle rejoint alors le maquis du Mont-Mouchet, en Haute-Loire, où elle sert comme médecin. Lors de l’attaque des troupes allemandes le 10 juin 1944 et la destruction du maquis, elle réussit à s’échapper. Elle continue le combat dans un autre maquis de la Haute-Lozère. En août 1944, elle défile en uniforme à Montpellier pour célébrer la libération. Engagée comme médecin dans le 81e régiment d’infanterie, elle refuse d’aller plus loin que le Rhin pour ne pas « occuper » à son tour.

• Fausse carte d’identité de Jacqueline Retourné au nom de Jacqueline Labat, 15 avril 1944
• Portrait de Jacqueline Retourné crayonné dans son maquis de la Haute-Lozère, 1er septembre 1944
MRN/fonds Jacqueline Retourné-de Chambrun, 2016.29

• Que faisait Pierre Georges, « le colonel Fabien », le 27 mai 1943 ?

Fausse carte d’identité de Pierre Georges au nom de Paul-Louis Grandjean, prêtre
MRN/fonds Pierre Georges [colonel Fabien] et Andrée Georges, 2011
Compte tenu de son expérience du combat au sein des Brigades internationales lors de la Guerre d’Espagne, le jeune militant communiste Pierre Georges est chargé par les dirigeants du Parti communiste clandestin de monter les premiers groupes de résistants armés à Paris. Il est associé aux premiers pas de l’Organisation spéciale du PCF, puis des Bataillons de la Jeunesse en qualité d’adjoint d’Albert Ouzoulias, leur responsable. Le 21 août 1941, en réaction à l’exécution de deux jeunes militants communistes, à la station de métro Barbès-Rochechouart à Paris, il tire sur l’aspirant de marine allemand Alfons Moser, une action qui marque le lancement de la « lutte armée » en France. En mars 1942, envoyé en Franche-Comté pour échapper à la police, il structure l’organisation des groupes armés communistes dans la région. Mais, de retour à Paris, il est arrêté en novembre 1942.

Le 27 mai 1943, alors qu’il est interné au fort de Romainville, Pierre Georges prépare son évasion. Il réussit un véritable coup d’éclat le 1er juin, avec son camarade Albert Poirier, en s’évadant d’une des casemates du fort, en franchissant l’épaisse muraille de pierre, avant de reprendre le métro ! Il rejoint ensuite les maquis des Vosges puis de la Haute-Saône. Il joue un rôle décisif dans l’insurrection de Paris, notamment lors de la prise du Palais du Luxembourg le 25 août 1944. Avec son groupe de cinq cents hommes, « la brigade de Paris », il participe à la libération du territoire en intégrant la nouvelle armée républicaine. Le colonel Fabien est tué accidentellement le 27 décembre 1944 en manipulant une mine dans son poste de commandement à Habsheim, près de Mulhouse, dans le Haut-Rhin.

Extrait de la bande dessinée « Fabien, héros de légende » adaptée et illustrée par Maurice Damois pour Ohé, Les Jeunes en 1950
MRN/fonds Pierre Georges [colonel Fabien] et Andrée Georges, 2011

• Que faisait Geneviève de Gaulle le 27 mai 1943 ?

Numéro du 20 juin 1943 de Défense de la France dans lequel Geneviève de Gaulle a rédigé une biographie de son oncle, qu’elle signe « Gallia »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Au début de l’Occupation, la nièce du général de Gaulle est étudiante en histoire à La Sorbonne, à Paris. Dès la rentrée universitaire 1941, elle entre en résistance, d’abord avec des groupes liés à celui du Musée de l’Homme – l’une des premières organisations résistantes en zone nord – et au sein de l’organisation La Vérité française qui organise une filière de passage à Londres via l’Espagne. Au printemps 1943, après le démantèlement de ces organisations, elle rejoint Défense de la France. Ce mouvement se caractérise par sa jeunesse, ses valeurs chrétiennes et patriotiques et un certain apolitisme sur le plan intérieur.

Le 27 mai 1943, sous le pseudonyme de « Gallia », Geneviève de Gaulle participe à la rédaction – c’est la seule femme à le faire – et à la diffusion du journal qui porte le même nom que le mouvement. Elle est arrêtée le 20 juillet 1943 dans une souricière tendue aux membres de Défense de la France par un groupe de la « Gestapo française » à la librairie « Au vœu de Louis XIII », rue Bonaparte à Paris, qui sert de boîte aux lettres au mouvement. D’abord emprisonnée à Fresnes avant d’être transférée au camp de Royallieu à Compiègne, Geneviève de Gaulle est déportée le 31 janvier 1944 au camp de concentration de Ravensbrück. Elle y connaît les conditions inhumaines de l’univers concentrationnaire nazi, subissant la violence des gardiens, le froid, la faim, la maladie. En octobre 1944, sa parenté avec Charles de Gaulle, qui fait d’elle une éventuelle monnaie d’échange, est reconnue. Elle passe alors de longs mois à l’isolement, dans de meilleures conditions de détention mais dans la solitude et l’angoisse du sort qui lui est réservé. Elle réussit à rester en vie et elle est libérée le 22 avril 1945.


Que faisait André Dewavrin, le colonel Passy, le 27 mai 1943 ?

Photographie miniature de l’ordre de mission officiel de la mission Arquebuse, 9 février 1943
Collection particulière Daniel Dewavrin

Le 1er juillet 1940, le capitaine André Dewavrin se présente au quartier général de la France libre, à Londres. Il est immédiatement chargé par le général de Gaulle d’organiser le 2e Bureau de son état-major, dédié au renseignement. Il prend le pseudonyme de Passy et devient le chef du BCRA, le Bureau central de renseignements et d’action.
En février 1943, il obtient – fait rarissime en raison de sa qualité de chef des services secrets – une mission en territoire occupé : la mission « Arquebuse-Brumaire ». Ayant retrouvé Pierre Brossolette à Paris, il rencontre avec lui les principaux responsables des différents réseaux et mouvements de la zone nord ainsi que des responsables politiques. Après son retour à Londres en compagnie de Brossolette, le 16 avril 1943, il remet au général de Gaulle un très long rapport sur les contacts pris et les résultats obtenus.

Le 27 mai 1943, à l’École des Cadets de Ribbesford, le général de Gaulle remet au colonel Passy la Croix de la Libération, la distinction réservée aux Compagnons de la Libération. En décembre 1943, à Alger, il devient le directeur technique de la nouvelle Direction générale des Services spéciaux (DGSS) ; avant au printemps 1944 de prendre la tête de l’état-major des forces de l’intérieur et de la liaison administrative, par l’intermédiaire duquel le général Koenig est en lien avec la Résistance intérieure. Il est parachuté le 5 août 1944 dans la région de Guingamp et il participe à la libération de Paimpol le 17 août.

Photographie d’André Dewavrin, le colonel Passy (de dos), avec son fils Daniel, et le général de Gaulle à l’issue de la cérémonie qui le fait Compagnon de la Libération, à l’École militaire des Cadets de la France libre à Ribbesford (Royaume-Uni), le 27 mai 1943
Collection particulière Daniel Dewavrin

• Que faisait Élisabeth Friang le 27 mai 1943 ?

Photo d’identité d’Elisabeth Friang en 1942
MRN/fonds Élisabeth Friang, 2015.29

Au printemps 1941, Élisabeth Friang est renvoyée du lycée Molière au motif d’avoir, en classe de travaux pratiques, réalisé une croix de Lorraine gravée avec l’inscription « Vive de Gaulle ». Ce premier geste de refus est suivi de beaucoup d’autres. Tout en poursuivant ses études, elle mène des actions isolées, dont l’évasion en 1942 de prisonniers de guerre anglais de l’hôpital des blessés de la face à Neuilly-sur-Seine.

Le 27 mai 1943, alors que son esprit de résistance est encore plus vif, elle n’a pas encore rejoint une structure clandestine et elle ne sait pas encore que son nom a été transmis au résistant Jean-François Clouët des Pesruches, par une amie d’enfance dont le mari a rejoint Londres. En août 1943, celui qui vient d’être nommé chef du Bureau des opérations aériennes (BOA) de la région M (Bretagne, Normandie, Anjou) la recrute pour en faire son adjointe. Adoptant le pseudonyme « Brigitte », Élisabeth Friang est chargée de coder et décoder les télégrammes en provenance et à destination de Londres, de l’inspection des terrains d’atterrissages clandestins, du transport de documents ou de valises de radioguidage, de l’organisation de l’embarquement des personnes rentrant at home (agents en fin de mission, membres brûlés du réseau, personnalités politiques, aviateurs descendus), de la répartition de l’argent et du matériel reçus dans les parachutages.
Arrêtée et blessée le 21 mars 1944 à Paris, elle est internée à l’hôpital de la Pitié puis à Fresnes, avant d’être déportée le 13 mai 1944 au camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne, puis au Kommando de Zwodau. Dans les derniers jours du système concentrationnaire, elle parvient à s’échapper lors d’une « marche de la mort ». Elle retrouve la France en mai 1945.

Photographie d’un aviateur britannique prisonnier de guerre soigné à l’hôpital américain à Neuilly-sur-Seine (Seine) en 1941. Elle a été offerte à Élisabeth Friang qui a contribué en 1942 à son évasion.
MRN/fonds Élisabeth Friang, 2015.29
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