CNRD 2015-2016 : Résister par l’art et la littérature

CNRD 2015-2016 : Résister par l’art et la littérature

« Résister par l’art et la littérature » : enjeux et perspectives

« Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle n’étouffera pas sans t’avoir piqué. C’est peu de chose, dis-tu. Oui, c’est peu de chose. Mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus d’abeilles. »

Cette parabole sur la Résistance de l’écrivain Jean Paulhan résume les enjeux du thème du Concours national de la Résistance et de la Déportation pour 2016. Entre 1940 et 1945, les résistants tentèrent de lutter sur tous les fronts contre l’Occupant allemand ou italien et l’Etat français collaborateur. Ils privilégièrent d’abord les moyens les plus simples, n’étant pas en mesure de faire autrement, aucun ne s’étant préparé à devoir lutter contre de tels adversaires. Si la lutte armée devient progressivement envisageable et réalisable, durant toute la période la résistance sans armes reste une priorité, et en premier lieu la résistance de l’esprit.

Résistance 15|16, couverture.

Dès 1940, les résistants doivent faire face à l’investissement du monde des arts et des lettres par les nouveaux maîtres. Accordant une place essentielle à la propagande, l’Occupant allemand ou  italien comme l’État français s’appuient sur des services dotés de moyens importants pour contrôler les productions artistiques et littéraires, censurer celles qui leur déplaisent et valoriser celles qui leur conviennent. Les artistes et les écrivains se retrouvent face à un dilemme : continuer à produire et à être payé, au risque d’apparaître comme des collaborateurs ; refuser de jouer le jeu et perdre leurs moyens de subsistance ; tenter de trouver une voie parallèle, parsemée d’obstacles. Certains mettront leur talent au service de la Résistance, d’autres s’engageront dans le combat sur d’autres terrains que celui de la culture.
La question de l’art et la littérature n’est pas secondaire pour la population française. L’École publique de la Troisième République a contribué à faire accéder la plupart des générations des années 1940 à une culture commune, fondée sur la connaissance et l’étude de grands auteurs et de grandes œuvres. La politique culturelle menée sous le Front populaire a donné une réalité à l’idée d’une culture pour tous. S’ils ignorent ou rejettent souvent les avant-gardes artistiques et littéraires, les Français accordent de l’importance aux enjeux culturels. Ils ne sont pas insensibles aux formes et aux références adoptées par les résistants dans ce domaine. Cette situation explique pourquoi la culture demeure un terrain d’affrontement durant toute la période de l’Occupation.
Parce que la Résistance est d’abord une réponse par les mots, la résistance par la littérature est la plus fréquente des formes de la résistance culturelle. Les premiers tracts, les premiers journaux multiplient les allusions et les citations. Des textes patrimoniaux sont publiés mais la Résistance est aussi l’occasion de productions originales, de valeurs inégales, qui couvrent tout le champ de la littérature, depuis le roman jusqu’à la poésie, en passant par le pamphlet ou la chanson. La diffusion est le plus souvent clandestine, parfois depuis l’extérieur, mais une littérature de contrebande cherche à contourner les filtres de la censure pour atteindre plus facilement son public, plus ou moins restreint. Les arts graphiques et plastiques, comme la musique, ne sont pas délaissés mais il est plus compliqué de produire et de répandre des œuvres non littéraires, quand on peine déjà à fabriquer et distribuer de simples feuilles imprimées. Rapidement cependant les tracts puis les journaux s’ornent d’illustrations, plus ou moins adroites mais en phase avec le patrimoine culturel commun des Français. Plus exceptionnellement, à mesure que la Résistance s’organise et que la Libération se profile, des réalisations plus ambitieuses peuvent être menées à terme. Beaucoup de projets restent à l‘état d’ébauche et ne sont terminés et montrés au public qu’à la Libération.
Paradoxalement, c’est dans l’Internement et la Déportation que les productions graphiques, plastiques voire musicales sont les plus nombreuses. L’enfermement donne du temps et met à la disposition des artistes un public captif dans tous les sens du terme. Malgré la surveillance permanente et les mesures de coercition, l’art et la littérature parviennent à s’épanouir dans les prisons et jusque dans les camps de concentration.
Autant que des formes de lutte continuée, les productions sont des actions de survie individuelles et collectives, mais aussi des actes de témoignage, donc des actes de résistance. Ces oeuvres, de toute nature et de toute qualité, le plus souvent modeste mais aussi remarquable, ont toutes un caractère exceptionnel : elles ont été produites alors que c’était interdit, elles ont survécu alors que beaucoup d’autres ont disparu du fait des aléas de la vie en détention, elles ont été conservées alors qu’elles ont été pour la plupart réalisées sur des supports de fortune, très fragiles et  inévitablement malmenés pour demeurer cachés.
Travailler sur « Résister par l’art et la littérature », ce n’est pas s’intéresser à une forme secondaire de la Résistance. Présente depuis le début, constamment renouvelée, assise sur des références patrimoniales et sur des créations originales, poursuivie jusque dans les lieux de détention les plus durs, la résistance culturelle a été une dimension essentielle de la lutte engagée contre l’Occupant allemand ou italien et l’État français. En réponse à la volonté d’imposer un art supposé nouveau ou pauvrement traditionnel, la Résistance a défendu l’art comme expression de la liberté et a préparé le retour à une vision humaniste et ouverte de la pratique artistique dès la Libération.
Travailler sur « Résister par l’art et la littérature » doit donc être un exercice d’analyse historique et d’utilisation des approches et des méthodes des lettres, des arts plastiques, de l’éducation musicale, etc. Ce travail doit aussi être l’occasion de venir à la rencontre de ces hommes et de ces femmes qui ont considéré que la part sensible de chaque être humain pouvait être touchée car elle ne pouvait durablement demeurer sous la contrainte ou supporter l’oppression. Si les productions de l’adversaire ont pu avoir une dangereuse capacité de fascination, chacun aujourd’hui est davantage touché par le poème « Liberté » de Paul Eluard ou les croquis de Boris Taslitzky. Ces grands artistes et ces milliers d’autres, moins talentueux peut-être, ont donné plus de présence et de force à leur engagement et à leur témoignage, ce qui rend leur message si proche et si actuel, et leur victoire éclatante


Ressources proposées par le Musée de la Résistance nationale :

Crédits : Le Département du Val-de-Marne – Unité de Production Audiovisuelle ; Vimeo.

  • Icône hyperlienCollections disponibles sur le portail du CNRD-Canopé, des ressources pour participer : Thème 2016
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