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C’est de mon incarcération en novembre 1942 que j’ai connu de près la fraternité, les faiblesses et la générosité humaines. Ces femmes arrêtées connaissaient la dureté des sévices. Elles étaient souvent femmes, filles ou mères de Résistants arrêtés eux aussi et quelques fois fusillés. J’étais jeune, mais d’apparence plus âgée. Je n’avais guère eu le temps de regarder vivre les autres, toujours à organiser l’action des Résistants. Mes compagnes étaient pour la plupart mères de jeunes enfants. Que font-ils ? Où sont-ils ? pensaient-elles en cachant cette douleur. A cinq sur six mètres carrés, il était difficile de s’isoler. Peu de plaintes pourtant. Les amicales moqueries, le rire et le respect communs nous soutenaient, mais aussi les études sans livres, et surtout un avenir possible que nous reconstituions ensemble. Je comprenais plus profondément leur courage, leur générosité. Les périodes d’isolement des débuts de l’arrestation étaient une tout autre expérience. Il y avait celles qui croyaient au ciel et celles qui n’y croyaient pas, mais ensemble nous bâtissions un monde plus humain. En 1940-1941, les têtes étaient basses, rares étaient ceux qui n’acceptaient pas. Et pourtant, devant tant de drames, les gens ont refusé cette situation ; la solidarité et l’action se sont organisées ; les qualités de courage et de générosité l’ont emporté sur les périls fascistes. Le monde actuel est encore celui des drames, de la misère, du chômage et des guerres locales, mais de plus en plus les hommes et les femmes s’organisent, manifestent, se solidarisent et agissent. Il y a toujours ceux qui refusent d’être soumis, et, à un moment, les qualités humaines l’emportent sur les forces du mal. |
