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Lettres de jeunes résistants






Lettre de jeunes résistants
« J’aurais voulu vivre  »

Auteurs : Musée de la Résistance nationale/Guy Krivopissko
Illustrateur : Olivier Umecker
MANGO, collection Dada

Cet album illustré regroupe les parcours de résistance de dix-sept jeunes résistants, garçons et filles, arrêtés et par les forces de répression de l’État français et de l’occupant. L’ouvrage se compose de onze dernières lettres de jeunes garçons fusillés entre 1941 et  1944 et de huit témoignages individuels ou collectifs, qu’ils soient écrits ou dessinés, de jeunes filles, réalisés en prison ou en camp de concentration.
Chacun de ces écrits est mis en contexte par des documents d’histoire issus des archives du Musée de la Résistance nationale, des Archives nationales, du Musée de l’Ordre de la Libération et du CDJC ou de collections particulières comme celles de Lise London ou de Georges Duffau-Epstein. Ces documents d’histoire ne sont pas là pour illustrer les derniers écrits, bien au contraire. Ils éclairent et renforcent le propos. Ainsi, chaque dernière lettre est accompagnée en vis-à-vis de documents d’histoire liés à la forme de résistance que ce jeune résistant a pratiquée. Chaque poème de jeune résistante est confronté à un dessin réalisé en camp de concentration ou en prison par une autre résistante.
Un accompagnement scientifique est proposé aux jeunes lecteurs  : introduction, biographies, lexique, bibliographie. L’introduction remet en contexte l’écriture de ces témoignages. Les documents qui l’illustrent retracent le parcours de ces derniers témoignages  : de l’écriture à la réception par les familles puis par la Résistance.
Ces dix-sept témoignages de jeunes résistants, dans leur diversité, dessinent l’image de ce que fut la France résistante.
Outre l’empathie créée par le jeune âge des auteurs des témoignages présentés, cette publication s’adresse à la jeunesse principalement grâce à la remarquable présentation de l’ouvrage, colorée, visuelle  ; en un mot  : vivante. Au-delà de la beauté formelle de l’objet, son grand mérite est d’inviter à la lecture de ces témoignages pourtant difficiles. Le travail de composition de la page accompagne la lecture. Son objet n’est pas réellement d’être séduisant, même s’il l’est, mais de faciliter la compréhension du sens profond des lettres et des poèmes de ces jeunes résistants.

Sommaire
Introduction «  La Résistance, des actes au mots  » par Guy Krivopissko, professeur d’histoire et conservateur du Musée de la Résistance nationale
Lettre d’Henri Gautherot à ses parents, La Pité, La Pitié, le 19 août 1941
Lettre de Frédéric Creusé à ses parents, Nantes, 22 octobre 1941
Lettre de Guy Môquet à sa famille, Châteaubriant, le 22 octobre 1941 – 17 ans
Lettre de Robert Busillet à sa famille, Fresnes, le 10 décembre 1941 Lettre de Tony Bloncourt à ses parents (Paris), 9 mars 1942
Lettre de Jean Arthus à son père (Paris, 8 février 1943)
Lettre de Paul Gloriod à tous, Fresnes, le 13 mai 1943
Lettre de Henri Fertet à ses parents (Besançon, 26 septembre 1943) – 17 ans
Lettre de Georges Geoffroy à sa famille Fresnes, le 21 Février 1944
Lettre de Marcel Rayman à sa mère et à son frère, prison de Fresnes (Seine) - 21 février 1944
Lettre de René Villaret à sa mère, Lyon, 22 mai 1944

Lettre de Tony Bloncourt
Lundi 9 mars 1942.
Maman, Papa chéris,
Vous saurez la terrible nouvelle déjà, quand vous recevrez ma lettre.
Je meurs avec courage, je ne tremble pas devant la mort. Ce que j’ai fait, je ne regrette pas si cela a pu servir mon pays et la liberté. Je regrette profondément de quitter la vie parce que je me sentais capable d’être utile. Toute ma volonté a été tendue pour assurer un monde meilleur. J’ai compris combien la structure sociale actuelle était monstrueusement injuste. J’ai compris que la liberté de dire ce qu’on pense n’était qu’un mot et j’ai voulu que cela change. C’est pourquoi je meurs pour la cause du socialisme.
J’ai la certitude que le monde de demain sera meilleur, plus juste, que les humbles, et les petits auront le droit de vivre plus dignement, plus humainement. Je garde la certitude que le monde capitaliste sera écrasé. Pour cette cause sacrée il m’est moins dur de donner ma vie.
Je suis sûr que vous me comprendrez, Papa et Maman chéris, que vous ne me blâmez pas. Soyez forts et courageux. Vous me sentirez revivre dans l’œuvre dont j’ai été un des pionniers.
Mon cœur est plein de tendresse pour vous, il déborde d’amour. Je vois toutes les phases de cette enfance si douce que j’ai passée entre vous deux, entre vous trois car je n’oublie pas ma Dédé chérie. Tout mon passé me revient en une foule d’images. Je revois la vieille maison de Jacmel, le petit lycée, les leçons de latin et M. Gousse. Ma pension au petit séminaire et le retour des vacances, mon vieux Coucoute que j’aurais voulu guider à travers la vie et mon petit Gérald.
Je pense à vous de toute ma puissance, jusqu’au bout, je vous regarderai. Je pleure ma jeunesse, je ne pleure pas mes actes. Je regrette aussi mes chères études, j’aurais voulu consacrer ma vie à la science.
Que Coucoute continue à bien travailler, qu’il se dise que la plus belle chose qu’un homme puisse faire dans sa vie c’est d’être utile à quelque chose. Que sa vie ne soit pas égoïste, qu’il la donne à ses semblables quelle que soit leur race, quelles que soient leurs opinions. S’il a la vocation des sciences qu’il continue l’œuvre que j’avais commencé d’entreprendre ; qu’il s’intéresse à la physique et aux immortelles théories d’Einstein dont il comprendra plus tard l’immense portée philosophique. Que mon petit Gérald, lui aussi travaille bien et arrive à quelque chose. Qu’il soit toujours un honnête homme.
Maman chérie, je t’aime comme jamais je ne t’ai aimée. Je sens maintenant tout le prix de l’œuvre que tu as entreprise à Haïti, continue d’éduquer ces pauvres petits haïtiens. Donner de l’instruction à ses semblables est la plus noble tâche ! Papa chéri, toi qui es un homme et un homme fort, console Maman, sois toujours très bon pour elle en souvenir de moi. Maman Dédé chérie, tu as la même place en mon cœur que Maman. Tous vivez en paix et pensez bien à moi. Je vous embrasse tous bien fort comme je vous aime. Tout ce que j’ai comme puissance d’amour en moi, passe en vous. Papa, sois fort. Maman, je te supplie d"être courageuse. Maman Dédé, toi aussi. Mon vieux Coucoute et mon vieux Gérald, je vous embrasse bien, bien fort. Il faut aussi embrasser maman Tata bien fort. Pensez à moi.
Adieu !
Votre petit Toto

Tony Bloncourt (1921-1942)
Étudiant, il résiste au sein de groupes de jeunes de l’Organisation spéciale dirigés par le futur colonel Fabien. Il prend part à des actions armées : 18 attentats et sabotages contre l’occupant entre septembre et novembre 1941. Arrêté le 6 janvier 1942, il est condamné à mort avec six autres jeunes par un tribunal militaire allemand siégeant à la Chambre des Députés. Il est fusillé comme otage le 9 mars 1942 au Mont-Valérien.

Poème d’Anne Marie Bauer
Sa mort
Je suis un tout petit bout d’homme dans un grand champ, tout seul, à vivre ma mort.
Nul ne saura jamais ni comment je me nomme ni pourquoi je suis mort, sans témoin que mon corps.
C’est pour sauver le ciel bleu
pour sauver la vie du soleil,
pour l’herbe et les arbres, que je suis mort sans espoir de réveil.
Il passait des heures à imaginer les cadeaux qu’il ferait à ses amis.
On le retrouva mort de faim, mais il souriait d’un air si heureux.


Anne-Marie Bauer (1914 - 1996)
Étudiante, elle s’engage très tôt dans la Résistance notamment au sein du mouvement Libération-Sud. Jean Moulin lui confie le radio-guidage des parachutages de nuit. Le 24 juillet 1943, elle est arrêtée à Lyon par la Gestapo. Elle subit tortures et simulacre de fusillade. Elle est déportée en janvier 1944, au camp de Ravensbrück puis au camp de Holleischen. Elle est libérée le 5 juin 1945. Écrivain, elle donne des cours de langue et de littérature françaises pour les étudiants étrangers à la Sorbonne.




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