Accueil du site > Activités > Actualités > Décès d’André Carrel, président du Musée de la Résistance nationale

Décès d’André Carrel, président du Musée de la Résistance nationale

Bureau du Comité parisien de la Libération. André Carrel est au centre aux côtés d’Henri Rol-Tanguy (invité). Coll. Musée de la Résistance nationale.

André Carrel (1917 – 2011), itinéraire d’un homme engagé

André Carrel résistant, vice-président du Comité parisien de la Libération, journaliste (Le Peuple, L’Humanité,) rédacteur en chef adjoint de L’Humanité, rédacteur en chef de La Marseillaise puis de L’Humanité-Dimanche, président de la fédération « Musée de la résistance nationale » est mort dans la nuit du 16 au 17 décembre 2011.
André Carrel était également vice-président du syndicat de la presse hebdomadaire parisienne aux côtés du résistant Georges Montaron (Témoignage chrétien).

André Hoschiller (dit Carrel) est né le 12 août 1917.
Son père, après avoir longtemps milité pour le syndicalisme pacifiste d’Alphonse Merrheim se sépare de sa famille et devient secrétaire général du Comité des Forges des de Wendel après la Première Guerre mondiale tandis que sa mère reste proche du Parti communiste. « La contradiction qui a bouleversé le siècle était au-dessus de mon berceau ! » écrit-il dans ses mémoires.

A l’âge de 17 ans, après avoir entendu un discours de Marcel Cachin commémorant la Commune de Paris, il adhère aux Jeunesses communistes en 1933. Il entre au Parti communiste l’année suivante.
Etudiant en philosophie, il prend rapidement des responsabilités au sein de l’Union fédérale des Etudiants et participe aux combats antifascistes des années 1930 notamment au Quartier latin où les affrontements se succèdent avec les ligues d’extrême-droite.
En 1936, il devient journaliste au Peuple, le journal de la CGT pour la rubrique internationale tout en continuant à militer activement. Une première mission en 1936 l’amène à parcourir les pays d’Europe Centrale pour rassembler les jeunes et les faire participer au premier Congrès mondial de la Jeunesse qui se tient, sous l’égide de la SDN, à Genève du 31 août au 7 septembre. Voyage parfois épique, qui lui révèle les difficultés d’un tel rassemblement et l’âpreté du combat antifasciste. Il est l’année suivante un des organisateurs du rassemblement européen de la Jeunesse au stade de la Courneuve dans la banlieue de Paris, rassemblement prévu dans le cadre de l’Exposition universelle. En 1938, il est également l’un de ceux avec Raymond Guyot, Léo Figuères ou Danielle Casanova qui s’embarquent au Havre à bord d’un grand transatlantique pour participer au second Congrès mondiale de la Jeunesse à New York parrainé par Eleanor Roosevelt.
A son retour en France, le gouvernement français signe les accords de Munich : il est l’un des rares au Peuple avec Maurice Harmel son chef de rubrique à s’opposer à l’attentisme.
André Carrel est mobilisé en 1939, il participe à la campagne de France. Il est témoin de la débâcle de l’armée et de l’exode. Rentré à Paris en 1940, il rencontre par hasard sur le boulevard Saint-Michel son camarade Victor Laffitte secrétaire du Comité mondial des étudiants contre la guerre et le fascisme. Grâce à ce contact, il entre en résistance. Bientôt clandestin, il adopte comme pseudonyme le nom de Carrel (d’après le journaliste et homme politique qui s’opposât à la Monarchie de Juillet). Affecté à l’Organisation spéciale (OS) fondée par les communistes, il s’occupe de propagande et de renseignements, de la diffusion de documents clandestins, dont L’Humanité clandestine. Il est ensuite chargé de prendre la direction du mouvement « Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France » en Seine-et-Marne.
A ce titre en 1943, il intègre le Comité parisien de la Libération remplaçant Charles Streiber arrêté, horriblement torturé et assassiné. Aux côtés d’André Tollet, il devient vice-président du Comité parisien de la Libération et commissaire militaire du CPL. Au sein du CPL, il a été l’un des artisans de la résistance et de la libération de Paris. Il est ainsi parmi ceux qui, le 24 août 1944, accueillirent à l’Hôtel de Ville à Paris les premiers éléments de l’armée du général Leclerc sous la direction du capitaine Dronne, puis le lendemain le général De Gaulle.
Avec le CPL, il organise la vie de la capitale après la libération – ravitaillement, etc. – et est notamment chargé de régler le difficile problème des Milices patriotiques. Faisant office de syndic à l’Hôtel de ville de Paris, il reçoit toutes les grandes personnalités venues rendre hommage à la capitale et au rôle de sa population dans sa libération, en premier lieu Winston Churchill ou le général Eisenhower. Après la guerre, il est élu conseiller municipal des 16e, 8e et 17e arrondissements et est premier vice-président du conseil municipal de Paris.
Il retrouve ensuite le journalisme à la rédaction en chef de Front national quotidien. En 1946 il entre à L’Humanité comme chef de la rubrique politique puis comme rédacteur en chef adjoint. En 1949 il est sollicité par la direction du Parti communiste pour devenir le rédacteur en chef du quotidien La Marseillaise. C’est une autre dimension de la vie nationale et du journalisme qui sont au rendez-vous, avec les grèves de dockers qui maintiennent à quai des navires bourrés d’armes en direction de l’Indochine, les manifestations et les arrestations de militant anticolonialistes.
En 1952, sa mission terminée, il souhaite revenir auprès des siens – sa femme Simone et ses filles – ce qui lui est refusé. Il se rebelle pour la première fois, quitte La Marseillaise et se retrouve à Paris sans travail et sans un sou. Il enchaîne alors les petits boulots : de la vente de livres en passant par un emploi de correspondant auprès du journal du parti communiste polonais, et pour finir, le doublage de dessins animés polonais !
Rappelé, il participe avec René Andrieu à la direction de la radio « Ce soir en France ». En 1956, il devient rédacteur en chef de L’Humanité-Dimanche (il avait participé à sa création en novembre 1948) et le resta jusqu’à son départ à la retraite en décembre 1981.
Au cours de sa longue carrière journalistique, André Carrel a parcouru le monde entier. Il a fait notamment de nombreux reportages en Union soviétique, Chine, États-Unis, Amérique latine, Afrique. Il a signé des interviews – entre autres – des présidents Allende, Nasser, Ben Bella, Mikoyan, Fidel Castro, Tito...
A la retraite, il s’est engagé aux côtés d’André Tollet au Musée de la Résistance nationale. Il en devient le président en 2002 à la mort de son vieux complice. Agé de 94 ans, il continuait à nourrir dans son logis de Bagnolet, une réflexion sur le travail de mémoire de la Résistance et l’engagement de la jeunesse.
André Carrel était Officier de la Légion d’honneur. Il laisse trois filles et de nombreux petits-enfants.

André Carrel a publié ses mémoires : Mes Humanités – itinéraire d’un homme engagé, avant-propos de Raymond Aubrac aux éditions L’œil d’or, en 2009.
Plus d’informations

- Contact : communication@musee-resistance.com




Se déconnecter | | Plan du site