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Manifestations
et grèves contre le S.T.O. dans la région lyonnaise, 13-17 octobre
1942
Le 13 octobre, vers 8 heures, une liste de 30 noms de cheminots
choisis pour être envoyés Outre-Rhin est affichée au bureau du personnel.
Des conciliabules réunissent furtivement les travailleurs et, parmi
eux, les responsables de l'action illégale. Deux positions s'opposent
: des attentistes mettent en garde contre les dangers que ferait
courir à l'organisation syndicale clandestine naissante une action
prématurée, d'autres, au contraire plaident en faveur d'une initiative
à chaud, favorisée par la tension que crée l'affichage brusqué de
la note. Finalement, c'est cette dernière position qui l'emporte.
A 10 h 20 un militant communiste rompu depuis 1940 à l'acte illégal,
Jean Enjolvy prend la responsabilité de se "découvrir" aux yeux
de tous. Il dégringole les escaliers qui conduisent au rez-de-chaussée
de la fonderie, bouscule deux contremaîtres qui s'interposent et
déclenche, avant de s'échapper, la sirène qui hurle dans les ateliers.
En quelques minutes 3 000 ouvriers des différents services cessent
le travail et se rassemblent, face aux bureaux, dans l'allée centrale
qui dessert les principaux bâtiments du chantier.
Récit du début d'une grève, in Maurice Moissonnier, Cahiers Rhône-Alpes
d'histoire sociale, Institut régional C.G.T., octobre 1992.
Manifestations et grèves contre le S.T.O. à Montluçon,
6 janvier 1943
Le 6 janvier dernier, 300 désignés devaient quitter Montluçon. A
l'heure fixée pour le départ des malheureux déportés, plusieurs
milliers de personnes occupaient la gare et la voie ferrée. Aux
cris de : "Vive de Gaulle, à mort Laval !", les patriotes empêchèrent
le train d'esclavage de s'ébranler puis - comme il avait tout de
même réussi à prendre le départ - forcèrent la locomotive à s'arrêter
200 mètres plus loin. Finalement, quand le sinistre convoi quitta
Montluçon, il n'emportait plus que 8 victimes. Pour imaginer le
sort que la solidarité ouvrière et nationale venait d'épargner à
près de 300 malheureux marqués pour la déportation, il suffit de
savoir ceci : 16 cheminots, qui, voici quelques mois, furent arrachés
au dépôt de Valenciennes pour être déportés en Allemagne, sont aujourd'hui
- nous en avons la preuve - à Rostov, où, comme de simples Roumains
ou de simples Slovaques, il fournissent à l'Allemand en retraite
de la chair à canon française.
Maurice Schumann, émission "Honneur et Patrie",
16 janvier 1943, in Les Voix de la Liberté, Documentation
Française, 1975.
1er mai 1941 dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais
Je travaillais à la fosse 4 et Lucien Miemezik à la fosse 5. Je
pris contact avec lui pour préparer l'action du 1er mai. Nous étions
devenus très amis depuis le jour où nous avions sauvé de la noyade
deux adolescents qui s'étaient aventurés trop loin dans le canal
de la Deule. Le 1er mai, des drapeaux rouges et d'autres tricolores
flottèrent sur les lignes électriques entre Avion, Eleu et la fosse
4. C'était le prélude de la grande grève des mineurs du Pas-de-Calais
qui dura du 26 mai au 12 juin 1941. Lucien et moi, on la prépara
main dans la main.
Le mineur Ovide Legrand rend hommage à son ami polonais Lucien
Mienezik dénoncé, arrêté et mort en déportation. In Les Inconnus
de la Résistance, Editions Messidor, 1985. (Coll. MRN).
Noyautage des chantiers allemands de l'organisation
Todt
La C.G.T. clandestine orientait depuis Paris l'activité sur des
chantiers de la Todt. Les responsables du syndicat du bâtiment dirigeaient
les travailleurs de cette corporation sur les chantiers dont ils
avaient connaissanc. C'est pourquoi la plupart des compagnons venaient
de la région parisienne et souvent ils étaient organisés. Dans le
bureau de l'entreprise, il y avait comme personnel organisé, le
sous-directeur, le comptable et plusieurs employés, ce qui procurait
des possibilités importantes. Sur le lieu du travail, il y avait
des chefs de chantier, des contremaîtres, des pointeaux organisés
également au syndicat C.G.T. clandestin. En tout le syndicat contrôlait
cinquante militants qui versaient leur quote-part (10 % du salaire)
pour l'organisation, mais ce n'est pas tout. Chaque mois, par le
système des ouvriers fictifs, douze pages parvenaient aux responsables
à Paris, ce qui supposait la complicité de différents échelons de
la maîtrise et du personnel dans les bureaux. A l'honneur du syndicat
clandestin cette pratique s'effectuait dans bien d'autres chantiers.
Daniel Tamanini, ouvrier parisien envoyé par le syndicat
C.G.T. clandestin sur les chantiers de construction du Mur de l'Atlantique.
(Coll. MRN).
Une grève de cheminots
A l'époque, j'étais ouvrier au dépôt SNCF de Grenoble. Le 10 novembre
1943, après le travail, on fait une réunion clandestine au café
Blanc Fatin, rue du 4 septembre, près de la gare, pour préparer
la grève du lendemain. C'est là que je fus désigné pour faire fonctionner
à l'heure H la sirène qui commandait au dépôt les prises et arrêts
de travail. D'autres camarades avaient reçu mission de se tenir
à proximité des locomotives en pression pour pouvoir, au signal
venu de la sirène, "coincer" les sifflets. Dès 4 heures du matin,
des tracts appelant à la grève sont déposés dans les vestiaires,
les bureaux. A 10 heures, le chef de dépôt et le contremaître principal,
alertés par les tracts prennent ostensiblement position près de
la sirène. A 10 h 30, sous prétexte de service, je me dirige vers
le local de régulage. J'ouvre la commande de la sirène et la maintiens
ouverte malgré l'opposition du chef de dépôt. A ce moment, cinq
ou six locomotives se mettent à siffler. C'est le signal attendu.
Les ouvriers du dépôt et ceux des autorails quittent en silence
leur travail et refusent de le reprendre.
Charles Gervasoni, in Les Inconnus de la Résistance,
Editions Messidor, 1985. (Coll. MRN).
Du
pain et des armes
Le 12 juin 1941 à Bruay-en-Artois, sur le carreau du puits 3, un
ingénieur s'adressa aux mineurs, leur disant : " - On vous a accordé
des suppléments de savon, des rations de viande plus substantielles,
une augmentation de vos salaires. N'est-ce pas ce que vous demandiez
? Que voulez-vous de plus ? Le silence se fait plus pesant encore.
Les visages sont tendus. Eclate soudain une voix, vibrante, réponse
d'un pour tous, soulageant tous les coeurs par ce cri de révolte
doublé d'un appel au combat : " - Des fusils ! C'est des fusils
que nous voulons ! " L'ingénieur se tait. Quelle étrange fin de
grève, qui sonne comme un nouveau départ. Oui, ce n'est qu'une étape.
Auguste Copin, in L'aurore se lève au pays noir, Edition
Sociales, Collection Souvenirs, 1966.
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