Luttes sociales
En août 1944, les employés de l'usine Genève à Ivry, qui ont réalisé des dizaines d'arrêt de travail sous l'occupation, se rassemblent pour préparer l'insurrection. L'issue paraît assez proche pour qu'on puisse se laisser photographier. C'est un des militants les plus actifs, Truquet, qui tient l' appareil et à qui nous devons ce document exceptionnel. (Coll. MRN).
 Pour le pain
 et la liberté


Le 22 octobre 1941, l'occupant fusille 50 otages tirés des prisons de Nantes et du camp de Choisel. Parmi eux, 27 communistes spécialement choisis par les autorités françaises et allemandes comme particulièrement dangereux. Ce sont principalement des dirigeants syndicaux et des élus. Liste parue dans la presse. (Coll. MRN).


Lors de la grève des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, est diffusé, notamment en langue polonaise, un appel aux très nombreux travailleurs polonais des bassins. (Coll. Musée de Denain).


Papillon clandestin d'origine syndicale. (Coll. MRN).


Papillon clandestin du Mouvement Combat. (Coll. MRN).


Tract syndical, Union départementale des syndicats clandestins CGT du Cher. (Coll. MRN).

Le front intérieur qui se construit en France comme dans l'ensemble des pays occupés n'a rien à voir avec les fronts d'une guerre classique. Dès le début, le terrain des luttes sociales est primordial dans le combat national. Toute action revendicative - débrayage, ralentissement des cadences, grève perlée ou ouverte - affaiblit la production au profit de l'Allemagne, freine la dégradation des conditions de vie des travailleurs, et ébranle la résignation. Dès l'été 1940, et durant les 4 années d'occupation, dans les deux zones, les exemples sont innombrables. Cependant par l'ampleur du nombre de grévistes (100 000), la durée (1 mois), les pertes économiques subies par l'occupant (500 000 tonnes de charbon), la grève des mineurs des bassins du Nord et du Pas-de-Calais en mai - juin 1941 demeure exemplaire. Toute action populaire contre le chômage, contre la vie chère, les difficultés de ravitaillement - pétitions, manifestations - fait obstacle au pillage allemand en même temps qu'elle protège la vie des Français. Dans ces initiatives, la mobilisation des femmes est importante et prend de plus en plus un caractère de masse. Ainsi, en mai 1944, à Marseille, les femmes déclenchent des actions revendicatives qui se transforment en un mouvement insurrectionnel. En relation avec le Service du travail obligatoire (STO) se développent des refus concertés. Les manifestations à Montluçon ou à Romans qui permettent la fuite des travailleurs requis en empêchant le départ des convois pour l'Allemagne ne sont ni uniques, ni isolées. Les traditions de lutte et d'organisation de la classe ouvrière constituent la base d'une véritable résistance ouvrière.

Dans les deux zones, cette résistance est animée essentiellement par le Parti communiste et des Comités populaires qu'il impulse, et par des syndicalistes cégétistes, tel Christian Pineau, qui refusent la politique antisyndicale du gouvernement de Vichy. Les syndicats se reconstituent clandestinement, particulièrement par la CGT réunifiée en 1943. En zone sud, des Mouvements développent aussi l'action dans les entreprises: Libération avec le Mouvement ouvrier français (MOF), Combat avec l'Action ouvrière. A la campagne, le pillage de l'occupant et le carcan bureaucratique et étatique de l'"Etat Français" réactivent les traditions ancestrales des luttes paysannes: refus des réquisitions des récoltes et du bétail, de l'alourdissement de l'imposition, du dirigisme des corporations... Cette résistance s'intègre à la Résistance en général, notamment par l'aide aux maquis et aux réfractaires au STO.

Ces mouvements revendicatifs apparaissent au premier plan dans les préoccupations de l'occupant et du gouvernement de Vichy. La répression - où collabore souvent patronat et police - est systématique et sans cesse agravée, même si parfois des concessions sont jugées nécessaires pour éviter le pire. Cette inquiétude n'est pas vaine. Coups d'épingles multipliés ou actions plus audacieuses, ces luttes obstinées affaiblissent en permanence le potentiel économique de l'Allemagne, conjuguant leurs effets à ceux des sabotages et à ceux des bombardements. En outre, elles enracinent en milieu populaire un esprit de refus et de combativité qui isole de plus en plus l'occupant et l''Etat Français", et qui constitue un tremplin pour l'essor général de la Résistance. La CGT et la CFTC sont d'ailleurs membres fondateurs du Conseil national de la Résistance (CNR).