Pensée libre
Dessin du plasticien Edouard Pignon. Intitulé " En avant ", il est reproduit dans l'album lithographique " Vaincre " édité en juin 1944 par le mouvement de résistance Front National des Peintres animé par l'artiste André Fougeron. L'album 12 planches était vendu au profit des FTPF.
(Coll. MRN).
 Défendre la culture


Le 28 novembre 1940, Rosenberg, le principal " théoricien " du parti nazi, prononce à la Chambre des Députés, à Paris, devant un parterre de dignitaires nazis, un discours largement répercuté dans la presse de langue française, sous le titre " Règlements de compte avec les idées de 89 " ou encore " Sang et Or ". Le Petit Parisien, 29 novembre 1940. (Coll. MRN).


La Pensée (publiée en février 1941) est la première revue clandestine qui engage la lutte contre la "colonisation intellectuelle" ; sous le pseudonyme de Rameau, Georges Politzer y répond, dans son article ("l'obscurantisme au XXème siècle") la critique de la doctrine nazie qu'il vient de développer dans sa brochure Révolution et contre-révolution au XXème siècle. Réponse à "Sang et Or". (Coll. MRN).


Brochure "Les Cahiers du Témoignage Chrétien". Rédigée dans la région lyonnaise par un groupe de chrétiens, sous l'impulsion du Révérend Père Chaillet, elle dénonce le caractère profondément antichrétien de la doctrine nazie et en démontre le mécanisme. (Coll. MRN).


Brochure de Louis Gronowski, l'un des dirigeants de la M.O.I. (Main-d'Oeuvre Immigrée PCF) publiée en novembre 1941. (Coll. MRN).


Le Silence de la Mer de Vercors (Jean Bruller), imprimé le 20 février 1942, premier ouvrage des éditions de Minuit. Celles-ci, dans la clandestinité, sous la direction de Vercors et de l'écrivain Pierre de Lescure, réussissent le tour de force de publier, imprimer et diffuser plus d'une quarantaine de titres. (Coll. MRN).

Pour mettre au pas les Français afin d'atteindre les objectifs - immédiats et lointains - assignés à l'occupation, la répression ne suffit pas. Il faut désarmer en profondeur les résistances en rendant acceptable, voire même enviable, le national-socialisme. L'occupant met en place immédiatement un vaste dispositif chargé de distiller dans l'opinion les mérites du nazisme, et d'orienter toute la vie culturelle française : la cheville ouvrière en est l'ambassade d'Allemagne à Paris (Abetz). "L'Institut allemand" nourrit revues, expositions, rencontres, échanges, etc. Le mouvement "Collaboration", que préside Alphonse de Châteaubriant, directeur du journal "la Gerbe", multiplie les groupes réunissant surtout les notables.

Le contenu de la culture nouvelle qu'il faut promouvoir est parfaitement exprimé dans le discours de Rosenberg, prononcé le 28 novembre 1940 à Paris, et largement publié sous le titre "Sang et Or, Règlement de comptes avec les idées de 1789". Le nazisme, dans sa doctrine et sa pratique, est en effet l'antithèse des acquis de la "Grande Révolution" : le Führer à la place de la citoyenneté ; le racisme et l'exclusion à la place de l'égalité ; le totalitarisme à la place de la liberté ; la mystique à la place du rationalisme. La "Révolution nationale", sur bien des points, va dans ce sens.

La première riposte à cette opération de "rééducation" est donnée par le philosophe communiste, Georges Politzer, dans une brochure clandestine publiée en 1941 ("Révolution et Contre-Révolution au 20ème siècle, Réponse à "Or et Sang" de M. Rosenberg"). La dénonciation des entreprises visant à briser la culture, la critique systématique du nazisme et du vichysme seront particulièrement développées dans certaines publications clandestines. Les unes s'inscrivent dans les combats antifascistes des années 1930 : l'"Université Libre" (1er numéro, novembre 1940) fondée par Georges Politzer ; "Les Lettres Françaises" fondées par Jacques Decour (1er numéro, 1942).

Dans cette bataille idéologique, les organisations clandestines juives, notamment celle de la M.O.I., ont un rôle constant. Elles dénoncent le soi-disant caractère scientifique du racisme et l'utilisation de l'antisémitisme comme moyen d'intoxication et de division des peuples par leurs oppresseurs (Brochure de Gronowski "L'antisémitisme, le racisme, le problème juif", novembre 1941).

D'autres naissent dans certains milieux chrétiens qui, avant-guerre, avaient déjà alerté sur le caractère profondément anti-chrétien du nazisme ; ainsi naissent dans la région lyonnaise, en novembre 1941, les "Cahiers du Témoignage Chrétien".