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11
novembre 1940, Paris
"Dans la classe, nous entretenions des discussions sur le thème
Pétain - de Gaulle et c'est comme ça que le 11 novembre, le bruit,
s'est répandu comme une traînée de poudre qu'il y aurait une manifestation
à l'Etoile". Ivan Denys (Lycée Janson).
"D'abord tout le monde en parlait dans le lycée, c'était un secret
de polichinelle. Tout le monde disait " On va à l'Etoile ". Il y
avait un grand engouement. Beaucoup n'avaient pas encore bien compris
ce que c'était que l'occupation allemande". Jean Gallèpe (Lycée
Voltaire).
"Sans que nous sachions d'où ça venait, il y a eu un papier manuscrit...
qui est passé dans la classe, pendant la classe même." Faites passer,
faites passer ". Il n'a pas été arrêté. Nous étions environ 40,
il y en a un seul qui a refusé de venir avec nous ". Jean-Claude
Torchinski (Collège Chaptal).
Une circulaire du Recteur Roussy adressée aux chefs d'établissements
interdisant toute manifestation et parlant de sanctions - circulaire
parfois portée à la connaissance des élèves lors d'assemblées générales
- ne fait qu'inciter davantage les élèves à se rendre à l'Etoile.
Témoignages sur l'atmosphère dans les lycées parisiens recueillis
par Claude Souef in Notre Musée n° 120, octobre 1990. (Coll. MRN).
Protestations
contre l'arrestation d'un professeur résistant
Les deux groupes, probablement une centaine de jeunes, se dirigent
vers la cour des grands, en criant " Libérez Burgard " et en chantant
la Marseillaise. Ils lancent des tracts. La manifestation prévue
pour la durée de la récréation, c'est-à-dire dix minutes, est terminée
et va se disperser. Mais un agent du lycée, de sympathie pétainiste,
fait fermer les portes et prévenir la police. Arthus et Benoît ne
parviennent pas à couper les fils du téléphone. La police française
et la Gestapo encerclent le lycée, puis y pénètrent. Arthus et Legros
s'échappent par le petit lycée. Baudry, Benoît et Grelot, aidés
par Jacques Talouarn, se cachent dans les caves et échappent à l'arrestation.
La manifestation est réussie, personne n'est arrêté, la prise de
conscience parmi les élèves et les professeurs s'amplifie, mais
les cinq lycéens, désormais recherchés par la police, doivent quitter
le lycée et leur famille et entrer directement cette fois dans l'action
de résistance clandestine. Benoît et Legros sont fichés par la police,
comme " jeunes gens très dangereux ".
Témoignage, in Buffon, Un lycée dans la Résistance, plaquette
du centenaire 1988.
Pour l'aide aux Prisonniers de guerre, automne
1940
A "La famille du Prisonnier" les femmes venaient chercher de l'aide.
Chaque aide apportée à une famille était inscrite sur un carnet
à souches portant les noms et adresses. Il suffisait de se procurer
les talons des carnets finis. Ce que je fis en forçant un classeur
en bois. Toute la nuit, à deux, nous avons fait les enveloppes.
Le lendemain de bonne heure, je remettais en place les souches des
carnets. Les enveloppes furent réparties, expédiées ou portées.
Je me demandais ce que cela allait donner. La réponse ne fut pas
trop longue à attendre. Au début de l'après-midi, grand branle-bas
dans les bureaux du 20ème. Les coups de téléphone se succèdent.
La direction de la " Maison du Prisonnier " (Secours National) s'inquiète.
Elle s'informe. Des femmes, beaucoup de femmes, se massaient place
Clichy, et avec la force que l'on connaît aux femmes quand elles
sont en colère, elles réclamaient des points de textiles pour les
prisonniers de guerre. Résultat : le gouvernement a dû débloquer
une quantité importante de ces points (je ne me souviens plus du
nombre) qui étaient remis sur leur demande, aux femmes et mères
de prisonniers, quand ceux-ci demandaient linge ou vêtements.
Témoignage recueilli par Yvonne Dumont, dirigeante des Comités féminins
Zone Nord, in Les Femmes dans la Résistance, colloque de
l'UFF, Editions du Rocher, 1977.
Prise de parole sur un marché à Saint-Denis
Il fut convenu que l'on organiserait une prise de parole dans le
marché couvert de Saint-Denis : Ancelle parlerait, pas très longtemps
: Ottino et moi serions là pour la protection, puis une camarade
surveillerait l'extérieur, au cas où... On se sentait fort, presque
sûr ! Ancelle grimpa sur une table à tréteaux, tout à côté des marchandes
de quatre-saisons, et commença à parler. Moment d'hésitation. Des
ménagères, qui avaient d'abord reculé, se rapprochaient lentement.
Ancelle pouvait continuer à parler, mais voilà que la camarade de
l'extérieur se frayait un chemin et nous faisait signe, suivie,
dix ou quinze mètres derrière, de deux gendarmes. Ottino et moi,
leur avons barré la route, et je leur dis, assez fort pour être
entendu autour : " Nous sommes des patriotes. N'avancez pas !
"Nous n'avions pas de revolver ! Les gendarmes surpris, nous
sentant résolus, calmes, mais décidés, firent deux pas en arrière.
Ancelle remonté sur la table parla à nouveau, tranquillement, fortement.
J'ordonnais aux gendarmes de reculer davantage. Ils obéirent. Les
ménagères s'étaient rapprochées un peu : "Attention, ils vont l'arrêter !"
Ancelle a abrégé, il descendit de la table et suivit la camarade
qui le guida vers une petite porte de sortie. J'intimais aux gendarmes
l'ordre de "foutre le camp" par la grande porte située de l'autre
côté. Ils hésitèrent, mais des dizaines de ménagères formèrent écran,
et nous pûmes nous replier tranquillement.
Roger Linet, 1933-1943 La
Traversée de la tourmente,
Editions Messidor, 1990.
Contre
le nazisme et l'antisémitisme à Lyon
En
mai 1941, pour protester contre la projection de ce film (le Juif
Süss : ndlr) au cinéma Scala en plein centre de la ville, plusieurs
dizaines d'étudiants (parmi eux, J.M. Domenach, G. Dru, R. Mely,
A. Nemoz...) et d'autres résistants décidèrent d'envahir la salle
et d'y manifester. Dès les premières images du film, ils se mirent
à scander : "pas de films nazis" au bout d'un quart d'heure, alors
qu'ils commençaient à n'avoir plus de voix, la police arriva. Les
manifestants se dispersèrent à la hâte dans les rues avoisinantes.
Renée Mely-Bédarida, citée par Renée Bédarida, in Témoignage
Chrétien, les Editions Ouvrières, 1977.
Manifestations
et grèves à Marseille, mai 1944
Les 24, 25 et 26 mai 1944, ce fut la grève du pain. On venait d'apprendre
que le rationnement tombait à 150 grammes par jour. Victor Porte
(dit Isidore) me donne des tracts à tirer, à distribuer et les instructions
pour la mobilisation des femmes. Au matin du 24, dans plusieurs
usines, le travail a stoppé, à l'appel de la CGT clandestine. L'après-midi,
des groupes de femmes envahissent la Canebière. D'autres remontent
la rue Saint-Ferréol vers la préfecture. On scande le mot d'ordre
: "Nous voulons du pain !" Le 25, la grève s'est étendue à
d'autres usines et les femmes sont plus nombreuses dans la rue.
Les revendeuses de succédanés alimentaires se sont jointes à nous.
Ce sont de fortes femmes. Avec elles, nous renversons les tramways
circulant sur la Canebière. Les Allemands et la police française
n'osent pas intervenir avec trop de brutalité ! Le 26 mai, Marseille
est paralysée par la grève. C'est le prélude à l'insurrection. Le
27, les Américains bombardent la ville. Plus de 5 000 victimes dans
les quartiers ouvriers. Les Marseillais comptent leurs morts. C'était
une semaine avant le débarquement en Normandie.
Rosette Remacle, in Les Inconnus de la Résistance,
Editions Messidor, 1985. (Coll. MRN).
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