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Hisser
les couleurs
La première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio
s'offrait pour cela. Dès l'après-midi du 17 juin 1940, j'exposai
mes intentions à M. Winston Churchill. Naufragé de la désolation
sur les rivages d'Angleterre, qu'aurais-je pu faire sans son concours
? Il me le donna tout de suite et mit pour commencer la BBC à ma
disposition. Nous convînmes que je l'utiliserai lorsque le gouvernement
aurait demandé l'armistice. Or, dans la soirée même, on apprit qu'il
l'avait fait. Le lendemain, à 18 heures, je lus au micro le texte
que l'on connaît.
Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Editions Plon,
1954.
Rallier Londres
J'arrive à Brest dans la nuit du 20 au 21 juin. Le général commandant
les troupes me donne l'ordre de me rendre avec mon bataillon à la
caserne pour m'y constituer prisonnier. Je lui réponds : " J'ai
fait la guerre de 14 sans être pris, je ne vais pas faire celle-ci
pour l'être. " Naturellement il me réplique : " C'est un ordre.
" Je parle à mes hommes : " Les gars, une seule chose à faire :
foutre le camp. Mettez-vous en civil. " Une partie d'entre eux m'ont
suivi. Nous avons dégoté au Conquet une barque pontée avec laquelle
nous sommes partis. Nous avons navigué deux jours et deux nuits
jusqu'à Plymouth, où les Anglais nous ont admirablement reçus. Je
voulais m'engager dans l'armée canadienne. Là-dessus j'apprends
la présence à Londres de de Gaulle. J'y cours. Il me donne le commandement
du dépôt.
Témoignage inédit du Général Renouard, cité par André Gillois,
in Histoire secrète des Français à Londres, Tallandier, 1973.
Honoré d'Estienne d'Orves
Nous étions tombés d'accord que la Grande-Bretagne, restée seule
en face de l'Allemagne, n'avait de chance de libérer l'Europe qu'à
la condition de nous aider à organiser en résistance, sur le continent,
tous les éléments actifs qui n'accepteraient pas le joug nazi. Toutes
ces idées finirent par se cristalliser et votre mari fut vite convaincu
que les réalisations importantes ne pourraient produire leurs effets
qu'à la condition d'être coordonnées par les Français Libres qui
étaient en contact avec les Anglais, seul grand pays organisé en
guerre. Mais, pour effectuer cette coordination, il fallait d'abord
prendre contact et organiser. Il se proposa pour cette mission particulièrement
dangereuse. Dans l'état des choses en France, nous conseillâmes
à votre mari d'attendre quelques mois, mais il avait hâte, avec
d'excellents arguments, de mettre en train cette grande affaire
dont nous savions tous l'importance pour la France, au double point
de vue de son moral et de son avenir. Il obtint du général de Gaulle,
après une entrevue d'une heure au cours de laquelle il eut à vaincre
le refus du général, qui connaissait tous les dangers de la mission,
l'autorisation d'aller en France pour mettre sur pied les premiers
éléments de la Résistance. Nous vécûmes dès son départ les angoisses
de l'attente : au début, des contacts furent réalisés et soudain
ce fut le silence.
Amiral Wietzel, témoignage adressé à la femme d'Honoré d'Estienne
d'Orves, cité par Rose et Philippe Honoré d'Estienne d'Orves, in
Honoré d'Estienne d'Orves, pionnier de la Résistance, Edition
France Empire, 1985.
Leclerc : de l'armée d'Afrique à la 2ème D.B.
Leclerc, chef motorisé, garde l'âme du cavalier et vit intensément
l'émotion du métal, quand à l'annexe d'artillerie de Fort-Lamy il
complète l'armement des véhicules motorisés à l'aide de canons ou
de mitrailleuses lourdes pris à l'ennemi. Pour lui l'héritage n'a
pas été rompu. Le destin l'a fait cavalier pur-sang, idole de l'escadron
de Saint-Cyr et de ses goums marocains. C'est en cavalier qu'il
prépare sa 2ème D.B. aux charges futures. Préparation dont la valeur
est décuplée, si l'on songe qu'au Fezzan il a appris à " jouer "
son instinct... audace sans laquelle il n'est pas d'homme de guerre
heureux. Et cet instinct pendant trois ans a toujours gagné. Quelle
force immense pour demain ! D'autant plus grande qu'il a acquis
l'autorité sur ses hommes par le rayonnement de l'âme du chef...
Cité in Leclerc de Hauteclocque, Editions Littéraires de
France, 1948.
Continuer le combat
les Free French... on nous a remarqué parce que nous étions la plus
petite armée que la France ait jamais eue on nous trouve paradoxaux
parce que nous avons continué à nous battre au moment où les autres
préféraient rentrer à la maison.
Parole de Français Libres, in Revue Icare n° 100, Bir-Hakeim,
1982.
Ne pas subir
Chaque fois que venait à l'esprit l'éventualité de l'invasion de
la zone libre, il n'est pas un chef militaire digne de ce nom auquel
la pensée de " faire sac à terre " (c'est-à-dire de rester dans
les casernes, l'arme au pied) ne causât un trouble intolérable.
La seule mystique de cette petite armée de l'armistice était en
effet " résister contre tout agresseur ". Dans l'inquiétude où nous
mit dans la nuit du 8-9 (dimanche-lundi) l'alerte de l'état-major
de l'armée (coups de téléphone SR et 4ème bureau), n'ayant pas d'indication
sur l'attitude à prendre, nous pouvions craindre qu'on nous recommandât
l'immobilité pour des raisons de politique générale. Cette crainte
causait, chez tous ceux de ma division avec qui j'ai pu m'en entretenir,
un sentiment de répugnance instinctive issu d'une double conviction
: attitude contraire à l'honneur - et suicide moral de cette armée,
qui, depuis deux ans, tentait de revivre.
Maréchal Jean de Lattre, in Ne pas subir, Ecrits 1914-1952,
Plon, 1984.
L'exemple de Bir-Hakeim, mai-juin 1942
A partir du moment où l'on s'est jeté volontairement dans une aventure
de ce genre, il ne reste plus qu'à boire le calice jusqu'au bout.
Pour un empire, le dernier des soldats de Koenig n'aurait pas accepté
de se rendre si on le lui avait proposé ce dimanche soir. L'amour-propre,
la fierté d'avoir relevé le gant après la défaite de 1940, le refus
d'accepter l'armistice... Cette fois on se trouvait au pied du mur.
Jacques Mordal, cité in Revue Icare n° 100, Bir-Hakeim,
1982.
Répercussion en France
Le soir, dans les chaumières de France, sous le portrait de Pétain
qu'à tout hasard on a suspendu au mur, en sourdine, le poste de
radio laid et encombrant, bredouille, dans le nasillement du brouillage
ennemi, la nouvelle de cet événement. Le dictionnaire ne contient
pas de carte détaillée de Libye ; il a fallu rechercher dans l'atlas
géographique des enfants où diable peut bien se trouver ce Bir-Hakeim
dont parlent Jean Marin, Maurice Schumann et Jean Oberlé. Penché
vers le haut-parleur, on écoute avidement, avec un petit pincement
au coeur, la description de cette bataille comparée, en certains
points, à celle de Valmy. Ainsi donc, des Français en uniforme sont
encore réellement en lutte ouverte contre l'envahisseur ! Ainsi
les résistants de l'intérieur ne sont pas les seuls à poursuivre
le combat. Ainsi ce général de Gaulle avait raison d'affirmer que
le flamme de la résistance ne s'éteindrait pas !
Jacques Bauche, in Revue Icare n° 100, Bir-Hakeim,
1982.
Parachutistes français lors du débarquement en
Normandie
J'avais quitté mon Pas-de-Calais natal le 6 février 1941, avec un
autre copain des Jeunesses communistes d'Avion. Là-bas, j'étais
livreur à la brasserie Courtin. Après pas mal de mésaventures, notamment
pour passer en douce la frontière franco-espagnole, et quelques
mois dans les prisons de Franco, j'avais fini par rejoindre l'Angleterre,
via Gibraltar à la fin octobre 1941. J'avais 18 ans quand je suis
devenu parachutiste. Les paras de la France Libre, c'était une unité
d'élite bien sûr, très entraînée. Il y avait vraiment de tout, un
incroyable mélange d'origines, de professions et d'opinions. Ce
qui nous réunissait, c'était une même volonté de se battre pour
contribuer à libérer notre pays. On nous entraîna pendant des mois
et des mois, qui nous semblèrent interminables. Enfin, à la mi-mai
1944, on nous transféra de notre base, en Ecosse, au camp de Fairford
où nous avons appris que notre destination serait la Bretagne et
notre mission de faire la jonction avec la Résistance, d'exécuter
des sabotages et de " fixer " un maximum d'unités allemandes pendant
le débarquement, afin de les empêcher de rejoindre la Normandie.
A mon tour, j'ai basculé dans la trappe et la nuit noire. La descente
fut brève et mon premier contact avec notre chère France, ce fut
le feuillage d'un arbre que j'ai traversé avant de toucher terre.
Robert Croenne, in Les Inconnus de la Résistance,
Editions Messidor, 1985. (Coll. MRN).
La 2ème D.B. dans la bataille de Normandie, août
1944
Voici l'aube du 10 août. Les yeux de Leclerc fouillent le champ
de bataille, herbes hautes, quadrillage de haies, longues lignes
d'arbres qui marquent le sillage des chemins où s'engouffrent les
colonnes. L'héroïque Capitaine de Laitre tombe, mortellement frappé.
Des chars flambent, de brefs comptes rendus arrivent d'heure en
heure. La journée n'est pas décisive. La 9ème Panzer recule de quelques
kilomètres sans perdre sa cohésion. La matinée du 11 reste toujours
indécise. Comme le jour précédent, Leclerc se porte aux points décisifs
ainsi qu'à Koufra, au Fezzan 42, à Umm El Araneb 43. Cette fois
nos équipages vivent la fuite des chars ennemis, la griserie de
la progression sous le feu. Mais, plus nombreux qu'hier, les nôtres
tombent. Vers 15 heures, la chute du point d'appui de Rouessé provoque
la dislocation du front adverse. Ce succès est immédiatement exploité.
Langlade atteint la forêt de Perseigne et la tombée du soir nous
voit à Champfleur à sept kilomètres au Sud d'Alençon.
Cité in Leclerc de Hauteclocque, Editions Littéraires de
France, 1948.
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