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Jean
Moulin
Le
mérite de la création du CNR revient sans aucun doute à Jean Moulin
qui, lorsqu'il se rendit à Londres et rencontra le général de Gaulle,
proposa à ce dernier de lui confier la tâche de rassembler en son
nom toutes les forces de la Résistance. De Gaulle qui était très
loin de partager les idées politiques de Jean Moulin accepta néanmoins,
car cet homme lui inspirait de l'admiration par sa détermination
à vouloir se battre jusqu'à la victoire. Jean Moulin sut obtenir
les moyens nécessaires à la réussite de son entreprise. Jean Moulin
repartit en France dûment mandaté et chercha ses collaborateurs
parmi ceux qui travaillaient avec lui alors qu'il était chef de
cabinet du ministre radical Pierre Cot, lors du Front Populaire
en 1936. C'est ainsi que Frédéric-Henri Manhès, Robert Chambeiron
et moi-même furent contactés par Jean Moulin, fidèles à notre pensée
politique, nous nous sommes unis au service de la Résistance.
Interview de Pierre Meunier, secrétaire général du C.N.R.,
in Le Patriote Résistant, n°405, juillet 1973.
Première
réunion : 27 mai 1943
Le
Conseil se réunit en séance plénière le 27 mai 1943, chez un ami
de mon frère, M. R. Corbin, 48 rue du Four. Seuls connaissaient
l'adresse Moulin et les secrétaires. Des rendez-vous furent donnés
en divers points de Paris, les uns devant informer les autres. Ils
se rencontrèrent donc par groupes de deux ou trois et s'acheminèrent
vers le lieu connu de l'un d'eux. C'est Meunier et Chambeiron qui
avaient organisé ces rencontres. Ces précautions étaient indispensables
pour qu'il n'y ait pas de fuites. Aussi les divers membres arrivèrent
à peu de minutes de distance et se rencontrèrent au premier étage,
dans la salle à manger de M. Corbin. Pierre Meunier m'a dit qu'il
avait su après coup que le concierge de l'immeuble ou de celui d'en
face était un agent de la Gestapo. Le danger, pour les Résistants,
était à chaque coin de rue. Heureusement, ce jour-là, rien ne fut
éventé.
Laure Moulin, in Jean Moulin, Presses de la Cité,
1969.
La
coordination
Septembre 1943.
C'est à l'âge de trois ans que la Résistance a atteint sa majorité.
Cette date a été marquée par l'autorité prise par le Conseil national
de la Résistance et les comités qui en dépendent. Tout ce qui avait
été fait par chacun servait dorénavant à tous, que ce soit sur le
plan de l'organisation pure, sur le plan de l'action ou sur le plan
des doctrines et de la politique. Cela ne suffisait pas, certes,
à mettre tout le monde d'accord et à permettre à chacun de parler
au nom de tous. Mais cela permettait déjà de dégager sur beaucoup
de points une majorité devant laquelle chacun devait s'incliner.
Cela permettait de faire un tout d'efforts qui, précisément parce
qu'ils avaient été ou peu épars, portaient chacun la marque, plutôt
que d'une tendance, d'une préoccupation dominante qui, d'ailleurs,
provenait souvent de recrutements différents donnant à chaque groupe
des possibilités différentes. Enfin, cela permettait de ne plus
diviser les résistants de même origine que des occasions particulières
avaient conduits à adhérer à des groupes distincts, en même temps
que cela réunissait des résistants d'origine diverse. Et l'on ne
saurait dire lequel des deux était le plus important.
Maxime Blocq-Mascart, Chroniques de la Résistance,
Paris, 1945.
L'organisation
Vaille que vaille, une organisation un peu bâtarde fut mise sur
pied. Un bureau permanent fut institué ; il comprenait, autour du
président, Pierre Villon pour le Front National, Saillant pour la
C.G.T. (alors de tendance socialiste), Pascal Copeau pour Libération,
et enfin Blocq-Mascart soudain revenu de ses sentiments d'hostilité
! Le Conseil fut divisé en quelque sorte en cinq sections de trois
membres, les membres du bureau permanent jouant le rôle de président
et de porte-parole de deux délégués qui ne participaient pas au
bureau permanent. Les désignations se firent par affinités. (...)
A l'époque je regrettais la rareté des séances plénières du C.N.R.
et la méthode qui allait se développer d'échanges de notes. J'en
conviens aujourd'hui qu'elle assure un maximum de sécurité : des
seize membres fondateurs seuls Simon (O.C.M.), Coquoin (C.D.L.L.),
Claude Bourdet (Combat) tombèrent dans les filets de la Gestapo,
mon ami Claude étant heureusement sorti vivant de l'épreuve des
camps. Le secrétariat de Bidault, porteur de nos papiers, connut
une seule chute. Le manque de contacts directs entre les seize n'était
pas sans inconvénients, il figeait les positions, il prolongeait
longuement les discussions entre sections, occasionnant une considérable
perte de temps. Il laissait enfin au bureau une autonomie que certains
jugèrent excessive. Entre deux maux, j'estime aujourd'hui que nous
avons choisi le moins mauvais. Cette procédure à plusieurs degrés
n'empêcha pas le C.N.R. de faire du bon travail.
Jacques Debû-Bridel, De Gaulle et le C.N.R., Edition
France Empire, 1978.
A
l'appel du C.N.R.
11 novembre 1943 à Digoin.
En 1943, nous étions trois communistes dans une petite usine de
céramique à Digoin, dans la Saône-et-Loire. Trois communistes militants,
mais pas mal de sympathisants. Les ouvriers avaient gardé le souvenir
des luttes et des grèves de 1936. Le 11 novembre, nous avons lancé,
nous les communistes, le mot d'ordre d'une manifestation à l'intérieur
de l'usine et d'une grève d'une heure et demie, de 10 heures à 11
h 30. On a défilé dans la cour de l'usine en criant " 1918 ! 1918
! ". Un camp du génie était juste à côté. Seule la ligne de chemin
de fer Moulins-Paray nous en séparait. Les Allemands étaient sur
le château d'eau du camp et nous défilions face à eux. Ils n'eurent
pas de réaction. Même les employés de l'usine avaient quitté leurs
bureaux pour assister au défilé. Cette manifestation eut beaucoup
d'écho dans la ville. Très vite, dans l'usine, se constitua un syndicat
et, le 30 novembre, un cahier de revendications était déposé sur
le bureau du directeur. Il en devint aussi pâle que les éviers qu'on
lui fabriquait.
Il nous a dit : " C'est très bien, je vous ferai appeler pour vous
donner ma réponse. "
Marcel Geoffroy, in Les Inconnus de la Résistance, Editions
Messidor, 1985. (Coll. MRN).
A
l'appel du C.N.R.
11 novembre 1943 à Renault Billancourt
A cette époque, je travaillais aux usines Renault à Billancourt,
place Nationale, en qualité de tourneur professionnel, après y avoir
été apprenti. Vers la fin octobre 1943, je me suis mis en liaison
avec le Parti par l'intermédiaire d'un camarade. Dans mon secteur,
je syndique une douzaine de personnes. Dans d'autres ateliers, des
copains, en liaison avec moi, travaillent de même. Divers tracts
clandestins nous sont remis et distribués dans l'usine, entre autres
" le Métallo ", " la Vie ouvrière ", " Résistance ouvrière ". Le
11 novembre 1943, sans préliminaire, grève générale d'une heure
chez Renault. Dans mon secteur, avec un camarade, nous faisons débrayer
notre atelier, et contribuons à en faire débrayer d'autres. Ce fut
une réussite. Nous avons déployé un drapeau tricolore sur la façade
principale. Il y est resté toute la journée.
Noël Sivy, in Les Inconnus de la Résistance, Editions
Messidor, 1985. (Coll. MRN).
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