Un petit aperçu

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Au tournant de la guerre
Eté 1941 - hiver 1942/43


Affichette représentant les drapeaux des 25 nations signataires de la Déclaration des Nations Unies scellant la coalition antifasciste, le 1er janvier 1942. Affiche officielle du gouvernement des Etats-Unis. (Coll. MRN).


Le 30 août 1941, l'occupant fait massivement placarder sur les murs et publier dans la presse ces deux avis. Le premier annonce l'exécution de cinq communistes arrêtés lors de la manifestation patriotique du 13 août à Paris ; le second, l'exécution de trois agents de la France Libre arrêtés et condamnés à mort en mai. Avis de l'occupant, août 1941. (Coll. MRN).


Photographie d'exécution d'un résistant trouvée sur un soldat allemand. (Coll. MRN).


Photographie du journal Le Matin prise lors d'une rafle de juifs à Paris. (Coll. MRN).


Photographie du journal Le Matin prise à l'ouverture du camp de Drancy, le 21 août 1941. (Coll. MRN).


Avis de l'occupant paru dans la presse légale qui annonce " qu'un grand nombre d'éléments criminels judéo-bolchevicks seront déportés aux travaux forcés à l'Est (...) et que cent juifs, communistes et anarchistes (...) seront fusillés ". In, Paris Soir, 15 décembre 1941. (Coll. MRN).


In, Le Petit Parisien, 25 août 1941. (Coll. MRN).


Photographie de la rencontre à Paris entre Pierre Laval, chef du gouvernement, et le général SS, Carl Oberg, à la tête de toutes les polices allemandes en France depuis avril 1942. Il va perfectionner la collaboration des polices vichystes et allemandes avec René Bousquet, secrétaire général à la police. In, La Déportation, FNDIRP, 1967.

La Résistance va se développer en rapport avec l'évolution de la guerre, qui se répercute aussi en France.

Le premier verrou est franchi avec le premier grand tournant de la guerre. L'agression allemande contre l'U.R.S.S. (22 juin 1941, puis l'agression japonaise contre les Etats-Unis (8 décembre 1941), changent les dimensions et la nature de la guerre : l'Allemagne nazie doit désormais affronter une coalition d'Etats puissants qui combattent pour la liberté des peuples et des nations. Dans cette coalition, la France est représentée par le C.N.F. (Conseil National Français) créé, à Londres, le 24 septembre 1941) par le général de Gaulle et les F.F.L.

En France, où la situation paraissait bloquée, le nouveau cours de la guerre suscite l'espoir avec la perspective d'un affaiblissement de l'Allemagne. En même temps, il clarifie la situation politique : Vichy s'engage à fond aux côtés de l'Allemagne nazie dans la "croisade contre le bolchevisme".

Il en résulte un durcissement du régime, un renforcement de la dictature et l'accentuation de la collaboration. L'image lénifiante et rassurante du Maréchal commence à se désagréger.

Dans ce climat politique nouveau, la Résistance prend de l'audace. L'aspect le plus spectaculaire est la lutte directe contre l'appareil militaire allemand ; actions de harcèlement entamées par les groupes armés du P.C.F. (sabotages, attentats contre les militaires allemands) qui vont constituer les F.T.P.

Parallèlement, se poursuit un lent travail de recrutement et de structuration qui fortifie les organisations de résistance et étend leur influence : émergence de grands "Mouvements", renforcement des partis politiques clandestins (essentiellement le parti communiste et le parti socialiste), reconstitution d'un mouvement syndical combatif. A Londres, le général de Gaulle crée un Comité National Français (C.N.F.), embryon d'un gouvernement provisoire face à Vichy.

En même temps, entre des forces qui restent dispersées, différentes et même parfois opposées, commencent à se tisser des liens. Ainsi, entre le C.N.F. et certaines organisations de résistance (avec, notamment, l'aide de Jean Moulin) s'établissent des contacts militaires (création de réseaux de renseignement) et politiques.

En France, les convergences fondamentales s'expriment, notamment, dans la célébration du 14 juillet 1942, référence commune à la tradition patriotique et républicaine ancrée dans la Révolution française. L'horreur des grandes rafles de l'été 1942 provoque l'indignation même dans certains milieux attachés à la Révolution nationale (premières protestations publiques d'évêques). Les organisations juives (section juive de la M.O.I. - O.S.E. - oeuvre de secours aux enfants) montent une vaste opération de sauvetage des juifs, en premier lieu des enfants, désormais arrêtés et voués à la déportation. Des connexions multiples s'établissent aussi avec des organisations non juives (notamment en milieu protestant et catholique), en même temps que s'étendent les solidarités individuelles. Ainsi, le combat contre l'antisémitisme est une motivation supplémentaire pour la Résistance et un facteur de sa coordination.

Ces progrès, encore lents et hésitants, mais réels, se heurtent à une répression qui prend dès le début un caractère terroriste. Quasi quotidiennement, sont publiés dans la presse les "Avis" allemands annonçant les condamnations par les tribunaux militaires et les exécutions. Les exécutions d'otages commencent le 6 septembre 1941 et prennent le caractère de massacres collectifs à partir d'octobre 1941.

La déportation des résistants, dans les camps de concentration nazis, est décidée en même temps que s'organise la déportation systématique des juifs. Le gouvernement de Vichy met sur pied des justices d'exception (les " sections spéciales " contre l'activité communiste ou anarchiste) qui permet d'éliminer tous ceux que Vichy nomme les "saboteurs de l'ordre français".

Les forces répressives de Vichy, considérablement renforcées, jouent un rôle essentiel dans la traque des résistants et des juifs ; et, dans les camps d'internement français, l'occupant peut puiser ceux qu'il va fusiller ou déporter. La collaboration entre services français et allemands (ces derniers placés sous l'autorité du S.S. Oberg) est officialisée par les accords (août 1942) entre Oberg et Bousquet (secrétaire général à la Police dans le gouvernement Laval). L'année 1942 est sans doute l'année la plus dure pour la Résistance, dans une situation où le rapport des forces demeure dramatiquement en faveur de l'ennemi. Mais les points marqués par les résistants sont déjà solides.

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