La résistance n'est pas du passé (Geneviève de Gaulle Anthonioz)

Dans un village de Bretagne, une jeune fille de dix-neuf ans écoute la radio. Avec elle, son père, officier de réserve de la "Grande Guerre", sa grand-mère, qui a pleuré petite fille en apprenant le désastre de Sedan, son frère de trois ans plus jeune. Bouleversés, ils écoutent la voix d'un très vieux maréchal annonçant qu'il faut cesser le combat.

L'indignation, la honte s'emparent des auditeurs. La jeune fille demande à son père si ce n'est pas un espion allemand qui se fait passer pour le maréchal Pétain. Non, hélas !

De ce moment même, je suis devenue "résistante". Je ne sais pas comment, mais au fond de moi-même j'ai refusé l'inacceptable. Mon père m'avait fait lire "Mein Kampf". Je sais que l'envahisseur de mon pays obéit à une doctrine ennemie des droits de l'homme. Tuer, réduire en esclavage tous les peuples qui ne sont pas de la "race germanique", tel est son programme.

Ce n'est pas trop de risquer sa liberté et sa vie pour défendre ma patrie. Quel sera mon combat ? Je n'en sais rien, mais au fond de moi-même, ma décision est prise. Il n'y a plus qu'à chercher les chemins de la Résistance.

Mon frère rejoindra les Français libres, mon père sera fait prisonnier, ma grand-mère mourra un mois plus tard, ayant connu la fierté d'entendre son fils appeler à lutter contre les lâches abandons.

Etre "résistant", ce n'est pas du passé. C'est refuser encore et toujours l'inacceptable. Tout ce qui porte atteinte à la dignité humaine : le racisme, la violence, la misère, le mépris de l'autre, son humiliation. "La seule querelle qui vaille c'est celle de l'homme", nous rappelle, pour des siècles, la Croix de Lorraine de Colombey.

Geneviève de Gaulle Anthonioz
Présidente de l'Association Nationale des Anciennes Déportées et Internées de la Résistance
Grand Croix de la Légion d'Honneur
Médaillée de la Résistance
Croix de Guerre
Volontaire du Mouvement ATD Quart Monde
Présidente de la Fondation Aide à Toute Détresse