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La
résistance, école de citoyenneté (Lucie
Aubrac)
Si
la Résistance n'avait été que l'organisation d'un combat patriotique
pour délivrer le pays de l'envahisseur nazi, elle figurerait dans
les livres d'Histoire comme une épopée à la Jeanne d'Arc. En somme,
un chapitre bien clos dans lequel des hommes en uniforme se battent
hors de France, avec tous les moyens d'une guerre moderne, tandis
qu'à l'intérieur, des hommes et des femmes mènent une guerre clandestine
de partisans avec les embuscades, les trains qui sautent, les grenades
qui éclatent et les mitraillettes qui pétaradent. Mais le chapitre
n'est pas clos. La Résistance reste, un demi-siècle après la victoire
sur les envahisseurs nazis, l'exemple de l'engagement volontaire
de Français et d'étrangers accueillis dans le pays des Droits de
l'Homme, pour retrouver les valeurs de la démocratie et la dignité
du citoyen.
La
trahison de Philippe Pétain et de son gouvernement, qui installe
la collaboration avec l'occupant, fait de la France un pays pillé,
ruiné, surveillé, soumis à une répression contre tout ce qui est
suspect d'opposition : politiques, syndicalistes, mouvements philosophiques,
répression à laquelle s'ajoute l'organisation d'un système xénophobe
et antisémite. La France est déshonorée. Elle est gouvernée par
une poignée d'hommes aux ordres des nazis. Les assemblées sont supprimées,
des communes au Parlement, il n'y a plus de représentants du peuple.
Le peuple n'a plus de voix ; de citoyen, il est devenu sujet.
C'est
alors qu'hommes et femmes de tous âges, de toutes conditions, manifestent
leur indignation. La démocratie est morte, il faut la ressusciter.
De ce sursaut vont naître tous les aspects d'une Résistance qui
informe par sa presse clandestine, qui donne l'exemple de la solidarité
par son aide aux exclus, du courage par ses grèves, ses manifestations
et son esprit de sacrifice, par sa tenue devant la torture et la
mort.
La Résistance, pendant la clandestinité, gardienne des idées de
liberté, d'égalité et de fraternité a légué aux nouvelles générations
un patrimoine inestimable : la qualité retrouvée de citoyen, et
ce trésor qui s'appelle "carte d'électeur", cette carte reçue comme
un droit, exige l'exercice d'un devoir, celui de participer à la
gestion attentive d'une démocratie digne de celles et de ceux qui
sont morts pour elle.
Lucie Aubrac
Co-fondatrice du Mouvement Libération-Sud
Grand Officier de la Légion d'Honneur
Croix de guerre 1939-1945
Officier de la Résistance
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