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MANIFESTATION
DU 11 NOVEMBRE 1940

La
paix assassinée, la tombe du soldat inconnu
introduction
Paris, automne 1940. La France est vaincue. Philippe Pétain
rencontre Hitler à Montoire. La défaite prend un visage, celui d'un Paris
occupé où déambule l'occupant, et où les panneaux de signalisation des
grands lieux de la capitale sont rédigés en allemand. L'ennemi est là.
Ce n'est plus celui des communiqués officiels de la drôle de guerre, ni
celui d'une propagande abstraite. Il est présent physiquement même s'il
se veut discret et "Korrect". Son dispositif d'oppression et de pillage
se met en place avec la complicité de Vichy : censure, interdiction, saisies,
installation d'un "institut allemand" qui donne la ligne ; épuration raciale
et politique à l'initiative de l'État français ; attaques de la République,
mise en cause de ses valeurs par les idéologues du nazisme et de la Révolution
Nationale. Que faire ? Le choc de l'exode et de la défaite imprègne les
esprits, le nazisme semble triompher partout. C'est dans ce cadre que
se situe la première grande action de Résistance. Quelles en sont les
origines, le déroulement, les conséquences?
Champs Elysées 1941, dictature militaire...
Champs Elysées 2001 dictature économique.
Partie
1
Des gestes individuels, des regroupements manifestent une
variété de réactions : certains strictement nationalistes et/ou patriotiques
(refus de l'occupant et de considérer la défaite comme définitive) ; d'autres
intègrent la dimension républicaine et antifasciste (dénonciation des
idéologies nazies et de la Révolution Nationale, de la perte des libertés,
de la répression.). Un vent de fronde souffle au quartier Latin et dans
les lycées. Depuis la réouverture de la Sorbonne, lancers d'oeufs pourris,
inscriptions, papillons et tracts laissés dans les livres ou les fichiers
(des bibliothèques), manifestations de petits groupes exhibant fièrement
deux cannes à pêche (de Gaulle), des bagarres dans les cafés, lancer de
tracts par des jeunes communistes le 31 juillet dans le grand amphithéâtre
; répondent à la présence allemande jusque dans l'université, et dénoncent
la propagande de Vichy contre l'esprit critique et scientifique, l'humanisme
et la laïcité. L'enseignement de professeurs à l'encontre des nouveaux
dogmes, continue de transmettre ces valeurs (Gadrat et Favreau à Louis-le-Grand;
Maublanc et François à Henri IV; Angrand à Carnot ; Decourdemanche à Rollin;
Husson à Pasteur; Lablénie à Janson-de-Sailly; Charmoillaux à Versailles).
Des intellectuels communistes (Danielle Casanova, Georges Politzer, Jacques
Solomon, Pierre Villon) impulsent la naissance du journal clandestin "l'Université
Libre " , tandis que l'union des étudiants et des lycées communistes (U.E.L.C.)
reconstituée diffuse, sous le manteau, "La Relève". D'autres groupes se
forment comme "Maintenir " autour de l'étudiant Claude Bellanger. Certaines
organisations étudiantes restées légales ou tolérées (corporation de Lettres
ou de Droit, Union Nationale des Étudiants) deviennent des foyers de rencontre
pour tous ceux qui participent de cette mobilisation sourde. Deux événements
concomitants vont libérer brusquement cette énergie potentielle: l'arrestation
du professeur Langevin et l'interdiction des célébrations
traditionnelles de la fête nationale du 11
Novembre.
La
plume est plus forte que l'épée
Partie
2
L'annonce de l'arrestation par la Gestapo, le 30 octobre, du professeur
Langevin (professeur au Collège de France, physicien mondialement connu,
figure du Front Populaire) entraîne une riposte publique immédiate. Un
comité de soutien large se constitue. Un tract clandestin de l'U.E.L.C.
appelle à une manifestation le 8 novembre. Un autre, tiré sur la ronéo
du centre d'entraide (Claude Bellanger), rédigé par François Lescure (président
de l'U.N.E.) et Roger Marais (Corporation Lettres) lance le même appel,
complété par un autre à manifester le 11 novembre à l'université et dans
les grandes écoles. Dans le même temps, les médias aux ordres martèlent
l'interdiction faite par l'occupant et par Vichy de célébrer la fête nationale
marquant la victoire sur l'Allemagne en 1918. La manifestation pour la
libération de Langevin a lieu dans un quartier Latin. en état de siège.
Fort de ce résultat, le soir même, lors d'une réunion du groupe "Maintenir
", à laquelle ils ont été invitée, François Lescure et Roger Marais rédigent
le tract d'appel à la manifestation du 11 novembre à l'Arc de Triomphe,
texte qu'ils ronéotypent, à nouveau, au centre d'entraide. Dès le lendemain,
il est largement diffusé dans les établissements secondaires et supérieurs
de la capitale.
Partie 3
Dans le même temps, le 10 au soir, sur les ondes de la B.B.C., Maurice
Schumann, porte-parole de la France Libre, conclut son message par un
appel pour le 11 novembre à tous les français à "sur les tombes de vos
martyrs, renouvelez le serment de vivre et de mourir pour la France".
Cette même volonté de manifester ce 11 novembre est aussi présente chez
de nombreux étudiants et surtout lycéens le plus souvent de tradition
nationaliste. Tract, appel de la B.B.C., bouche à oreille, concourent
à une mobilisation qui voit ainsi converger pour la première fois des
individus et des groupes venus d'horizons divers. Par petits groupes,
en chantant la Marseillaise, en criant "Vive de Gaulle", ou en lançant
des slogans hostiles à l'occupant et à Pétain, ce sont des milliers de
jeunes qui montent à l'Étoile le soir du 11 novembre 1940. Appuyant la
police française, les troupes nazies chargent. La répression est violente.
Le nombre des blessés est inconnu. On dénombre plus de cent arrestations.
L'Université est fermée, le recteur Roussy est révoqué. Les responsables
des organisations étudiantes sont convoqués par le directeur de l'Institut
Allemand qui, menaçant, leur reproche de compromettre l'œuvre de collaboration
de Pétain. Le
11 novembre au matin, sur les Champs-Elysées, les membres du groupe du
Musée de l'Homme fleurissent la statue de Georges Clémenceau. Toute la
journée, des grèves importantes paralysent les bassins miniers du Nord
et du Pas-de-Calais. A Rouen, à Dijon, à Nantes, des gestes de jeunes
font aussi événement. Enfin, coïncidence symbolique, Vichy révoque ce
jour le préfet républicain Jean Moulin.
Les
accords de Montoire
Conclusion
La manifestation du 11 novembre, à Paris, surgie de l'université parisienne
est la première grande action à résonance nationale de la Résistance française.
De ce jour, pour un grand nombre de français, la collaboration apparaît
pour ce qu'elle est : synonyme de répression et de complicité avec l'occupant.
C'est un signal pour engager d'autres combats.
La
Résistance
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