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Ma
petite Paula bien-aimée, Fidèle jusqu'au dernier souffle à mon idéal,
cet après-midi à15 heures, je tomberai fusillé. Je te laisse
seule avec notre petit garçon chéri. Je ne pense qu'à vous deux.
Je vous aime tellement, je t'aime tellement, ma petite chérie. Je
te demande pardon de tout le mal que j'ai pu te faire. Tu m'as donné
tellement de bonheur. Maintenant j'y repense; je revis ces instants
de bonheur passés près de toi et près de notre petit garçon chéri.
Sois courageuse, ma petite bien-aimée. Défends notre petit Microbe
chéri. Élève-le en homme bon et courageux. Parle-lui souvent de
moi, de son papa-car qui l'aime tellement, qui vous aime tellement.
Mes derniers instants, je veux les consacrer à vous. Je te revois,
avec notre petit trésor dans les bras, m'attendre à la descente
du car. J'entends son rire, je revois tes yeux de maman l'envelopper
de tant de tendresse. Je l'entends m'appeler "papa", "papa"! Soyez
heureux tous les deux et n'oubliez pas votre "papa-car". Je saurai
mourir courageusement et, face au peloton d'exécution, je penserai
à vous, à votre bonheur et à votre avenir. Pensez de temps en temps
un peu à moi. Du courage, ma Paula bien-aimée. Il faut élever notre
petit garçon chéri. Il faut faire de lui un homme bon et courageux.
Son papa lui laisse un nom sans tache. Aux moments de découragement,
pense à moi, à mon amour pour vous deux, à mon amour immense qui
ne vous quitte pas, qui va vous accompagner partout et toujours.
Ma bien-aimée, ne te laisse pas abattre, tu seras à partir de 15
heures le papa et la maman de notre petit chéri. Sois courageuse
et encore une fois pardonne-moi le mal que je t'ai fait. Te dis,
ma Paula bien-aimée, tout mon amour pour toi et notre petit Microbe
chéri. Vous serre tous les deux dans mes bras. Vous embrasse de
tout mon coeur. Vive la France, Vive la liberté!
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Mon
petit Microbe, mon fils, Quand tu seras grand, tu liras cette lettre
de ton papa. Il l'a écrite 3 heures avant de tomber sous les balles
du peloton d'exécution. Je t' aime tellement, mon petit garçon, tellement,
tellement. Je te laisse seul avec ta petite maman chérie. Aime-la
par-dessus tout. Rends-la heureuse, si heureuse. Remplace ton papa-car
auprès d'elle. Elle est si bonne ta maman, et ton papa l'aime tellement.
Console-la, mon petit garçon chéri, soutiens-la. Tu es tout maintenant
pour elle. Donne-lui toute la joie. Sois hon et courageux. Je tomberai
courageusement, mon petit Microbe chéri, pour ton bonheur [et celui]
de tous les enfants et de toutes les mamans. Garde-moi un tout petit
coin dans ton cœur. Un tout petit coin, mais rien qu'à moi. N'oublie
pas ton papa-car. Mon petit fils chéri, je revois ta petite figure
souriante, j'entends ta voix si gaie. Je te vois de tous mes yeux.
Tu es tout notre bonheur, le mien et celui de ta maman chérie. Obéis
à ta maman, aime-la par-dessus tout, ne lui cause jamais de chagrin.
Elle a déjà tellement souffert. Donne-lui tellement de bonheur et
de joie. Mes derniers instants. Je ne pense qu'à toi, mon petit garçon
chéri et à ta maman bien-aimée. Soyez heureux, soyez heureux dans
un monde meilleur, plus humain. Vous dis encore une fois tout mon
amour. Sois courageuse, ma petite Paula chérie. Aime ta maman par-dessus
tout, mon petit garçon chéri, mon petit Microbe chéri. Sois bon et
courageux, n'oubliez pas votre papa-car. Vous serre tous les deux
dans mes bras. Vous embrasse de toutes mes forces, de tout mon cœur,
votre papa-car. Mes amitiés à tous nos amis. |
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Né
en 1911 à Zamosc, en Pologne, Joseph Epstein appartient à une famille
aisée de culture yiddish. Très jeune, il participe, dans les rangs
du Parti communiste polonais, à la lutte contre le gouvernement
autoritaire de Pilsudski. En 1932, il doit s'exiler et choisit la
France. De 1936 à 1939, il combat aux côtés des républicains espagnols
dans les rangs des Brigades internationales. A son retour il s'engage
dans l'armée française ; fait prisonnier pendant la campagne de
1940, il est envoyé en prison outre-Rhin, s'en évade et rejoint
la lutte clandestine eu France. En 1942, il organise l'ensemble
des " groupes de sabotage et de destruction " (GSD), créés par les
syndicats dans les entreprises travaillant pour l'occupant. En mai
1943, après une vague d'arrestations, il devient le chef des FTP
de la région parisienne, sous le pseudonyme de " colonel Gilles
". Cette fonction militaire lui permet d 'instaurer une tactique
de guérilla urbaine que mettent en oeuvre les FTP-MOI. Il est arrêté
le 16 novembre 1943, à Évry-Petit-Bourg (Seine-et-Oisel), lors d'un
rendez-vous avec Missak Manouchian, dirigeant militaire régional
des FTP~MOI2. Il est fusillé au mont Valérien, le il avril 1944,
avec vingt-huit autres résistants.
Coll.
MRN
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