CNRD 2014-2015 : La libération des camps nazis…

CNRD 2014-2015 : La libération des camps nazis…

« Libération des camps nazis, retour des déportés et découverte de l’univers concentrationnaire » : enjeux et perspectives

Résistance 14|15, couverture.

L’intitulé du thème du Concours national de la Résistance et de la Déportation pour 2015 invite les candidats à s’interroger sur les notions qu’il intègre et les limites qu’il suppose. En effet, derrière une formulation apparemment simple, se cache une réelle complexité.

La libération des camps nazis

Le premier élément du thème invite les candidats à centrer leur étude sur la période qui va de l’entrée des troupes soviétiques dans le camp d’Auschwitz en janvier 1945 à celle des troupes alliées dans les derniers camps libérés en mai 1945. La notion de libération doit être relativisée. Dans de nombreux cas, les soldats qui pénètrent dans les camps trouvent des lieux vides, les nazis ayant procédé à leur évacuation. Les camps de Majdanek, dans lequel les Soviétiques pénètrent dès juillet 1944, ou de Neuengamme, que les Britanniques investissent en mai 1945, ont été vidés de leurs détenus. Il en est de même du Struthof en novembre 1944. Dans le chaos des dernières semaines de la guerre, certains camps ont vu leur population baisser très rapidement, tandis que d’autres se sont retrouvés surpeuplés et sont devenus de véritables camps mouroirs, l’un des plus terribles étant celui de Bergen-Belsen. Cette période est marquée par un niveau de mortalité très élevé, accentué par les massacres perpétrés sur des détenus désemparés et sans défense. Réduire la libération des déportés à celle des camps serait par ailleurs une erreur. Pour nombre de détenus, la liberté a été recouvrée lors des évacuations, au hasard de l’arrivée de soldats alliés, du départ des gardiens SS ou d’une tentative d’évasion réussie. Souvent, la libération n’a pas été immédiatement perçue par les déportés eux-mêmes : dans certains cas, les libérateurs ont pu repartir et laisser les libérés dans une grande incertitude, dans d’autres les détenus concernés n’avaient plus les capacités physiques ou psychologiques pour comprendre ce qu’il se passait vraiment autour d’eux. À l’inverse, et dans de rares cas comme à Buchenwald ou Mauthausen, des déportés ont pu participer les armes à la main à leur propre libération. Il faut enfin rappeler que les camps qui sont libérés en 1945 sont les principaux camps de concentration et leurs camps annexes (ou Kommandos). Majdanek et Auschwitz-Birkenau, presque totalement vidés de leurs détenus, sont les seuls camps impliqués dans l’extermination des juifs d’Europe dans lesquels pénètrent des libérateurs, les autres centres de mise à mort ayant été systématiquement détruits par les nazis pour effacer les traces de leurs crimes.

Le retour des déportés

Le second élément du thème suppose d’abord de prendre conscience de l’état physique de la plupart des déportés libérés, qui est un véritable choc pour les libérateurs. Rien n’a été prévu pour prendre en charge cette masse d’hommes et de femmes à la limite de la survie. La période entre la libération proprement dite et le rapatriement est marquée par des drames : beaucoup de déportés meurent avant d’avoir pu rentrer dans leur pays malgré les soins qui leur sont prodigués. Si l’improvisation règne dans un premier temps, l’aide finit par s’organiser et contribue à sauver des vies. En France, le ministère des Prisonniers, des Déportés et des Réfugiés prend en charge le rapatriement de près de 2 millions de Français, parmi lesquels les déportés sont minoritaires.
Tout dépend des moyens de transport mis à disposition, pour l’essentiel sous le contrôle des Américains. Le retour des déportés vers la France est donc à la fois une histoire collective, marqué par exemple par l’étape à l’hôtel Lutetia, principal centre d’accueil à Paris, et une multitude d’histoires individuelles, différentes les unes des autres par leur déroulement et leur ressenti.
L’arrivée en France est empreinte d’émotion. Là encore les situations personnelles doivent être prises en compte. Le sort du déporté accueilli par sa famille, par ses amis, par la population tout entière de sa commune parfois, est bien différent de celui du déporté qui rentre en ayant perdu presque toute sa famille et son logement, comme c’est le cas pour de nombreux déportés juifs. Le retour pose donc la question de la réintégration, qui passe souvent d’abord par une reconstruction physique plus ou moins longue. Si le point de vue des déportés peut être privilégié, il ne faut pas oublier ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont perdu un parent dans les camps nazis et qui attendront des semaines, des mois, parfois des années, en vain, son retour.

La découverte de l’univers concentrationnaire

Le troisième élément du thème vise à rappeler que la réalité des camps nazis n’est que progressivement comprise. La situation du printemps 1945, totalement chaotique, n’est pas celle de  l’automne 1944 et encore moins celle des années d’avant-guerre. Malgré les informations qui ont pu filtrer dans la presse clandestine en France, malgré ce qu’ont permis d’apprendre Majdanek, le Struthof ou Auschwitz, la découverte des camps de concentration au printemps 1945 est un traumatisme, largement répercuté par la presse et les actualités cinématographiques. En France, des articles et des photographies sont immédiatement diffusés pour rendre compte des crimes commis. Le devoir d’informer prend le pas sur la volonté de ménager les familles des déportés. Passé le temps de la découverte proprement dite, vient rapidement le temps des enquêtes pour préparer les procès contre les responsables. Si beaucoup échappent aux poursuites, des SS de tous grades et des cadres du Parti nazi sont mis en accusation et condamnés. Ces procès sont l’occasion de commencer à faire l’histoire du système concentrationnaire nazi, mais aussi à mettre en évidence la mise en œuvre du génocide des juifs d’Europe, en pointant la spécificité des centres de mise à mort et des groupes mobile de tuerie (les Einsatzgruppen) en Pologne et en Union soviétique. Les anciens déportés participent à ce travail d’histoire. Ils commencent à publier leurs témoignages et à s’organiser en association pour défendre leurs droits et la mémoire de leurs camarades  disparus. Ils contribuent aussi, à leur niveau, à une prise de conscience mondiale de la nécessité d’empêcher le renouvellement de telles abominations. Si la date de l’entrée des troupes soviétiques dans le camp de Majdanek peut être considérée comme la première borne chronologique du thème, la date du vote de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme peut être adoptée comme la dernière.


Ressources proposées par le Musée de la Résistance nationale :