CNRD 2012-2013 : Communiquer pour résister

CNRD 2012-2013 : Communiquer pour résister

Communiquer pour résister : enjeux et perspectives

Résistance 12|13, couverture.

Le thème retenu pour le concours national de la Résistance et de la Déportation 2013 peut être abordé de différentes manières. Les candidats peuvent privilégier les modes de communication ou bien insister sur les objectifs poursuivis, ou bien encore associer l’un et l’autre. Dans tous les cas, il est important de rappeler le contexte afin de saisir l’enjeu que représentent la communication et les communications pour les résistants.

L’occupant allemand dès son installation sur le territoire français met en place un ensemble de mesures visant à contrôler toutes les formes de communication (presse, radio, réunion publique, transports, etc.). À la volonté de maintenir l’ordre d’une armée d’occupation s’ajoute le rejet des libertés individuelles et collectives (d’opinion, d’expression, de réunion, d’association, de circulation, etc.)propre au régime totalitaire qu’est l’Allemagne nazie. L’occupant italien dans le sud de la France agit de même. Quant au régime de Vichy, son souci d’imposer sa Révolution nationale l’amène à prendre des décisions comparables, parfois en devançant l’occupant. Les autorités allemandes comme françaises ont également recours, souvent en collaboration, à une propagande intense qui vise à promouvoir un ordre nouveau et à dénoncer tous les ennemis, en particulier les « judéo-bolcheviques ». Au fur et à mesure, le message adressé à la population passe d’une apparente bienveillance à des menaces de plus en plus explicites.

Pour les premiers résistants, la priorité est donc de dénoncer ce qui est dit et écrit par la propagande officielle et tous les médias sous tutelle qui la relaient. Il s’agit de faire savoir et de faire réagir. L’appel du général de Gaulle en est l’exemple le plus connu – et rend compte immédiatement de la place essentielle des radios libres face aux radios sous contrôle – mais on peut y ajouter les appels lancés au même moment en France. Les premiers journaux clandestins sont autant d’affirmation du refus, reflétés dans les titres que les individus ou les équipes qui les réalisent choisissent. Les tracts jouent un rôle équivalent.

Tous ces écrits demandent la mise en place d’une logistique de plus en plus performante alors qu’en même temps la répression ’accentue. La Royal Air Force de son côté diffuse en France de nombreuses publications réalisées en Grande-Bretagne. Le refus se matérialise également par la dégradation des moyens de propagande de l’ennemi (notamment des affiches), par la multiplication des graffitis patriotiques, par les prises de paroles publiques, particulièrement dangereuses, par la participation à des manifestations annoncées à la radio de Londres et par les organisations de résistants présentes sur le terrain.

Partout, y compris dans les camps d’internement et les prisons, il s’agit de faire entendre une parole libre, qui dénonce les mensonges et veut dire la vérité pour convaincre et rallier la population à la Résistance. À mesure que la lutte s’intensifie, communiquer acquiert une nouvelle dimension. Les résistants ont besoin de s’organiser pour agir plus efficacement. Il faut relier les individus et les groupes entre eux, assurer les liaisons entre l’intérieur sous la domination de l’ennemi et l’extérieur libre, mais difficilement accessible du fait de la surveillance permanente des frontières terrestres et des côtes. Des agents de liaison, très souvent des femmes, assurent la mission difficile de porter des messages ou des documents, d’accompagner les uns et les autres jusqu’au point de rendez-vous. Des opérateurs-radio, le plus souvent formés en Grande-Bretagne et parachutés en France, sont chargés d’assurer la liaison entre les résistants de l’Intérieur et les forces qui combattent à l’extérieur, françaises ou alliées. Dès que les conditions le permettent, des avions font la navette entre la Grande-Bretagne et la France pour déposer et reprendre hommes et documents, tandis que des parachutages alimentent en matériels les groupes de résistants qui ont la chance de les récupérer.

Dans les derniers mois de l’Occupation, l’ensemble des moyens de communication est orienté vers un seul objectif : la libération de la France. Le Conseil national de la Résistance (CNR) et les organismes qui en dépendent renforcent l’unification, non sans discussions, ce qui suppose là-encore de multiples liaisons entre les responsables des organisations de résistance. Jean Moulin et tant d’autres ont été arrêtés à l’occasion de ces rendez-vous devenus indispensables.

En 1944, la Résistance s’efforce de mobiliser la population tout entière à ses côtés alors que l’occupant allemand et l’État français intensifient encore leur propagande, avec un impact de plus en plus limité. Le débarquement en Normandie est le signal du lancement de l’insurrection. Les journaux et les tracts clandestins appellent à la mobilisation générale, dans beaucoup de cas avant

même que les forces alliées ne soient encore en mesure d’apporter leur soutien. La libération du territoire national s’accompagne d’une campagne en faveur du général de Gaulle et du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Libérée avec le concours des Alliés, la France doit pouvoir retrouver la plénitude son indépendance. C’est pourquoi, dès leur installation, les autorités issues de la Résistance et du GPRF font savoir à la population que l’égalité républicaine est rétablie. En outre, parmi les premières décisions prises figurent la restauration et le renforcement de la liberté de la presse, prélude au retour de la démocratie.

Le thème retenu pour cette année laisse donc une grande marge de manoeuvre aux candidats. Il faut espérer cependant qu’au-delà du travail d’histoire ils sauront conduire une réflexion civique. En effet, le thème retenu ne peut qu’entrer en résonnance avec des événements récents de par le monde qui ont montré l’importance acquise par les nouveaux moyens de communication dans la lutte contre des régimes d’oppression. Il permet aussi de souligner que son impact n’est pas seulement dû à la puissance des moyens utilisés mais aussi à la force des messages qu’ils véhiculent, dans un camp comme dans l’autre. Travailler sur la question de la communication en France entre 1940 et 1945 doit inciter à la vigilance aujourd’hui, à la fois pour maintenir les libertés qui garantissent l’exercice des droits et pour améliorer les règles qui en organisent les usages.


Ressources proposées par le Musée de la Résistance nationale :


Crédits : Le Département du Val-de-Marne – Unité de Production Audiovisuelle ; Vimeo.

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